Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Stéphane Carn et Catherine Cheval
Rivages - 464 pages
Un
vrai grand roman est souvent un moyen d’éclairer différemment
les pulsions intimes, parfois les plus coupables, de l’être
humain. Les quatre coins de la nuit est donc un vrai grand roman.
Craig Holden a déjà écrit trois autres romans
(Lady Jazz a été
chroniqué, vous le trouverez dans nos archives), mais il ne
bénéficie pas en France de la reconnaissance d’un
Dennis Lehane et c’est assez injuste. Aux Etats-Unis, des écrivains
comme James Ellroy ou James Crumley vantent ses mérites, à
juste titre.
En fait, Les quatre coins de la nuit, publié en France en 2000,
est un roman noir qui fait penser au Mystic
River de Lehane. On y trouve la même plongée dans
les tréfonds de l’âme humaine, avec de plus une
humanité et une générosité incroyable
qui nous permettent de nous identifier aux personnages et de les comprendre
sans les juger.
Comme dans toute œuvre majeure, il y a des passages de ce roman
que vous ne pourrez jamais oublier. Vous voilà prévenus
!
Les quatre coins de la nuit présente deux amis, Bank et Mack,
qui se connaissent depuis leur enfance et exercent la profession d’inspecteurs
de police, dans une grande ville de l’Ohio, qui n’échappe
pas à tous les maux qui gangrènent l’Amérique
du Nord : drogue, prostitution, corruption, pédophilie.
L’histoire commence dans un café au petit matin, Mack
et Bank qui finissent leur ronde de nuit entendent un appel à
toutes les unités qui annonce la disparition de Tamara Shipley,
une fillette noire de douze ans. Ils vont se mêler à
l’enquête avec d’autant plus d’intérêt
et de passion que sept ans plus tôt, Jamie, la fillette de Bank
a disparu dans des circonstances similaires et n’a jamais été
retrouvée.
Non content de nous livrer une topographie au millimètre d’une
ville de l’Ohio, Craig Holden raconte son histoire sur plusieurs
niveaux : l’enquête actuelle concernant Tamara, l’enquête
passée concernant Jamie et l’histoire de l’amitié
entre Bank et Mack. Bank, le sportif, tête brûlée
et Mack l’introverti. Leurs portraits d’une rare subtilité
dépassent bien évidemment leur caractérisation
première.
Ce roman policier nous parle du passage de l’enfance à
l’âge adulte, des blessures jamais refermées et
de l’insondable beauté d’être père.
Vous en commencerez la lecture, heureux de vous retrouver dans un
solide polar (quoique le sujet de la pédophilie abordé
frontalement, apporte un certain malaise). Vous en finirez la lecture,
un peu, beaucoup ou totalement bouleversé.