Votre
vieux copain que vous n’avez pas vu depuis l’adolescence
vient d’écrire un bouquin sur ses chansons pops
préférées. Ça vous rappelle votre
folle jeunesse. Par les temps qui courent, c’est un rab
de plaisir.
31 songs est le nouveau livre de Nick Hornby, paru en Angleterre
en 2003 et directement édité en poche aux éditions
10/18 au début de l’année 2004. Après
plusieurs romans qui lui ont apporté la reconnaissance
et la célébrité (ce qui n’est pas
si mal !) Hornby revient au récit thématiquement
qui a fait sa gloire.
Dans Carton Jaune, il racontait sa vie par l’intermédiaire
de sa passion pour le football comme élément structurant
de son identité. Avec 31 songs, la musique pop lui permet
de passer au crible son existence : celle d’un quadragénaire
chauve, divorcé et père d’un enfant autiste.
Les titres évoqués sont comme les cailloux du
Petit Poucet. Ils donnent l’occasion à l’auteur
de développer sa vision du monde et de l’étayer
à l’aide d’exemples qui nous touchent et
nous font réfléchir.
Bon, vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a
autant de types d’écrivains que de personnes dans
le vaste monde. Certains vous prennent de haut pendant que vous
les lisez, un peu comme s’ils vous traitaient d’abrutis,
incapables d’apprécier leur subtilité. D’autres,
au contraire, s’enferrent dans d’interminables descriptions
et des tunnels explicatifs car ils veulent apporter au lecteur
dégustateur une bonne nourriture prémachée.
Nick Hornby, lui, est un écrivain copain. Ils sont plutôt
rares de cette trempe-là. Les passions qui nous animent
varient avec l’âge. Vignettes Panini de notre enfance.
Amour du punk, du ska, de la new-wave. Passion pour les actrices
ou pour les séries télévisées. Nous
avons tous eu des copains avec lesquels nous pouvions passer
des samedis entiers sur un de ces thèmes précis
et cruciaux.
Lire ces articles sur Bruce Springsteen, Patti Smith, Nelly
Furtado, Aimée Mann, Teeanage Fanclub et bien d’autres,
cela permet aux 35-45 ans de discuter de musique avec un pote
conscient des limites de la pop : 3 minutes de bonheur et de
mélodie, c’est à la fois bien peu et essentiel.
Le bémol de cette affaire ne vient pas de Nick Hornby
mais de la traductrice, Christine Barbaste. Elle transforme
un style familier (Hornby n’est pas le plus grand prosateur
du monde et il le sait) en un style vulgaire et embrouillé.
On ne pariera pas trois euros sur les connaissances de Madame
Barbaste en matière de pop. Or en ce domaine, il faut
avoir une certaine érudition pour traduire ce livre.
Pourquoi publier directement un livre en édition de poche
(louable intention !) si c’est pour saloper le travail
? Les bilingues pourront toujours lire leur pote en anglais.