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     LiVReS
 
LA BONTE : MODE D'EMPLOI
  Nick HORNBY
 
Traduit de l'anglais par Isabelle Chapman

 Plon - 300 pages
Kate est une femme de quarante ans qui exerce la médecine dans un centre de soins de la banlieue londonienne. Elle a 40 ans, deux enfants et un mari. Le couple vit ensemble depuis vingt ans et le moins que l’on puisse dire est que la passion n’emplit plus leurs jours. Kate a pris un amant. Elle ne supporte plus ce qu’est devenu David, son mari : un homme amer et irritable qui crache son venin sur la société entière. Mais ne voilà qu’un beau jour, David qui souffre de maux de tête et de dos va consulter un illuminé qui se baptise lui-même DJ Goodnews. Ce DJ Goodnews en apposant les mains sur lui, va changer radicalement le cours de son existence. Mage, gourou, magnétiseur ou charlatan, DJ Goodnews transforme David en homme bon, doux et qui va chercher à faire le bien de son prochain.

Telle est la trame du dernier livre de Nick Hornby, La bonté : mode d’emploi. Point de départ d’un conte cruel, absurde et comique où l’on retrouve les composantes de l’humour anglais. Car la bonté retrouvée de son mari va avoir pour Kate des retombées qui vont bouleverser l’ordre établi des choses.

L’un des grands plaisirs que l’on éprouve à la lecture de ce roman est qu’il se passe en trois mouvements. Le premier décrit la vie au jour le jour d’un couple avec deux enfants entre huit et douze ans. Cette vie quotidienne est faite de routine et de compromis. Elle apparaît comme une guerre de tranchées dans laquelle chacun camperait sur ses positions.

Le second mouvement vire vers le délire lorsque David métamorphosé se met en tête de changer son univers proche. Faire le bien à une échelle microcosmique, cela signifie faire le bien autour de soi. Mais peut-on faire le bien d’autrui en lui imposant des solutions contre sa volonté ?

Le troisième mouvement ? Je ne vous en parle pas. Car il s’agit de la chute du roman et il faut préserver l’intérêt du lecteur.

Vous connaissez sans doute Nick Hornby. Il a écrit Carton jaune sur sa passion dévorante et raisonnée du football et Haute fidélité (que Stephen Frears a adapté au cinéma) qui parle de l’amour de la musique pop. Jusqu’à présent, cet auteur nous présentait une galerie de trentenaires refusant de grandir. Ces fameux trentenaires pour qui la prolongation de la jeunesse passe par la prolongation d’un mode de vie adolescent basé sur l’amour de la musique, du cinéma, de tout ce qui divertit.

Aujourd’hui, Nick Hornby passe un cap. Il aborde des thèmes tels que la vie de couple, le désir de faire quelque chose d’utile qui transcende une existence grise. C’est moins léger que ses livres précédents, mais il nous tend le miroir de ce que nous sommes devenus ou de ce que nous deviendrons. Et puis, il y a cette ironie… Une ironie qui n’exclut jamais qu’Hornby s’attache et nous attache à ses personnages. Une ironie qui permet de ne pas s’étendre sur le style de l’auteur parce qu’elle EST le style de l’auteur. Une ironie teintée d’humanité qui manque beaucoup dans le roman français contemporain.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Décembre 2001
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