Kate
est une femme de quarante ans qui exerce la médecine
dans un centre de soins de la banlieue londonienne. Elle a 40
ans, deux enfants et un mari. Le couple vit ensemble depuis
vingt ans et le moins que lon puisse dire est que la passion
nemplit plus leurs jours. Kate a pris un amant. Elle ne
supporte plus ce quest devenu David, son mari : un homme
amer et irritable qui crache son venin sur la société
entière. Mais ne voilà quun beau jour, David
qui souffre de maux de tête et de dos va consulter un
illuminé qui se baptise lui-même DJ Goodnews. Ce
DJ Goodnews en apposant les mains sur lui, va changer radicalement
le cours de son existence. Mage, gourou, magnétiseur
ou charlatan, DJ Goodnews transforme David en homme bon, doux
et qui va chercher à faire le bien de son prochain.
Telle est la trame du dernier livre de Nick Hornby, La bonté
: mode demploi. Point de départ dun conte
cruel, absurde et comique où lon retrouve les composantes
de lhumour anglais. Car la bonté retrouvée
de son mari va avoir pour Kate des retombées qui vont
bouleverser lordre établi des choses.
Lun des grands plaisirs que lon éprouve à
la lecture de ce roman est quil se passe en trois mouvements.
Le premier décrit la vie au jour le jour dun couple
avec deux enfants entre huit et douze ans. Cette vie quotidienne
est faite de routine et de compromis. Elle apparaît comme
une guerre de tranchées dans laquelle chacun camperait
sur ses positions.
Le second mouvement vire vers le délire lorsque David
métamorphosé se met en tête de changer son
univers proche. Faire le bien à une échelle microcosmique,
cela signifie faire le bien autour de soi. Mais peut-on faire
le bien dautrui en lui imposant des solutions contre sa
volonté ?
Le troisième mouvement ? Je ne vous en parle pas. Car
il sagit de la chute du roman et il faut préserver
lintérêt du lecteur.
Vous connaissez sans doute Nick Hornby. Il a écrit Carton
jaune sur sa passion dévorante et raisonnée du
football et Haute fidélité (que Stephen Frears
a adapté au cinéma) qui parle de lamour
de la musique pop. Jusquà présent, cet auteur
nous présentait une galerie de trentenaires refusant
de grandir. Ces fameux trentenaires pour qui la prolongation
de la jeunesse passe par la prolongation dun mode de vie
adolescent basé sur lamour de la musique, du cinéma,
de tout ce qui divertit.
Aujourdhui, Nick Hornby passe un cap. Il aborde des thèmes
tels que la vie de couple, le désir de faire quelque
chose dutile qui transcende une existence grise. Cest
moins léger que ses livres précédents,
mais il nous tend le miroir de ce que nous sommes devenus ou
de ce que nous deviendrons. Et puis, il y a cette ironie
Une ironie qui nexclut jamais quHornby sattache
et nous attache à ses personnages. Une ironie qui permet
de ne pas sétendre sur le style de lauteur
parce quelle EST le style de lauteur. Une ironie
teintée dhumanité qui manque beaucoup dans
le roman français contemporain.