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     LiVReS
 
DOLCE AGONIA
Nancy HUSTON

Babel - 497 pages

DIEU SEUL LE SAIT
Un très grand roman inclassable, dans lequel Nancy Huston met Dieu dans la peau du narrateur. A la fois ironique et tragique, Dolce agonia est inoubliable.


Nancy Huston est un personnage à part de la littérature contemporaine. D’abord parce que cette Canadienne (elle est née en 1953 à Calgary) a fait ses études secondaires à Boston et à New York, mais surtout parce que depuis plus de 20 ans elle vit à Paris. Le résultat de ce « nomadisme » en fait un écrivain parfaitement bilingue qui écrit ses romans indifféremment en anglais ou en français… et qui se charge elle-même de les traduire dans l’autre langue ! Mais peut-on encore parler de traduction dans ce cas-là ? Elle, préfère dire qu’il s’agit "d’une deuxième version originelle du même livre". La formule est aussi belle que son talent est grand.

Avec Dolce agonia, Nancy Huston part d’un postulat divin exposé dès les premières pages : c’est Dieu lui-même qui va nous raconter une histoire. Pas n’importe quelle histoire, l’une de ses préférées. Une histoire qui démontre sa supériorité : "Quand je rencontre les créateurs des autres univers, je m’efforce toujours d’être modeste. Plutôt que de me vanter de l’excellence de mon œuvre, je les félicite pour la beauté et la complexité de la leur… Mais à part moi, je ne puis m’empêcher de trouver que la mienne est supérieure, car je suis le seul à avoir inventé une chose aussi imprévisible que l’homme."

Passée cette entrée en matière poétiquement burlesque, Nancy Huston (ou plutôt Dieu) nous raconte cette soirée de Thanksgiving chez Sean Farrell poète et professeur de poésie à l’université. Autour de lui, ce soir-là, ses proches : collègues, amis, ancienne maîtresse… En tout une dizaine de personnes que l’on va observer durant quelques heures, de la préparation du repas à la séparation au petit matin. Passé et présent se mêlent dans la conversation et les échanges des convives : vieilles histoires, quotidien, projets… Autant de futilités naturelles, humaines, dérisoires. Mais la trouvaille géniale de Nancy Huston est d’intercaler, entre chaque chapitre, la "suite et fin" de la vie d’un convive.

Associé à l’omniscience de Dieu, le lecteur découvre ainsi tour à tour l’avenir de chacun. En quelques lignes ou quelques pages, son sort est scellé. "Charles sera le dernier à partir. Il a quatre longues décennies devant lui. Argent, célébrité […]" "Tout comme Charles, Derek aura de la chance ; il ne me verra pas venir. Comme ça le choquerait d’apprendre qu’il ne lui reste que cinq années à vivre ! […]" "C’est à soixante-deux ans que Brian viendra me rejoindre [...]" Etc.

Mais Nancy Huston ne se contente pas de cette trouvaille. C’est son style, son intelligence du récit qui fascine, qui hypnotise le lecteur. Sa façon d’enchaîner les scènes par un « coq à l’âne », une association d’idées toujours pertinente, suscite une admiration qui ne se dément pas tout au long des presque 500 pages de Dolce agonia. Ce roman est de ceux qui marquent durablement le lecteur, de ceux que l’on recommande chaleureusement à ses vrais amis, comme un cadeau précieux qu’on souhaite leur faire.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Novembre 2003

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