DERNIERES NOUVELLES
DU BOURBIER
Alexandre IKONNIKOV
Traduit du russe par Antoine Volodine et Dominique Petit
Editions de l’Olivier - 192 pages
Un
regard amusé et lucide sur la Russie contemporaine, loin de
l’image officielle et de Moscou.
"Le prochain président de la République aura beaucoup
de cheveux, et nous, nous aurons de la bonne nourriture en abondance.
Regardez bien cette alternance diabolique de dirigeants chauves et
de dirigeants chevelus dans l’histoire si douloureuse de notre
patrie. Le dernier tsar Russe, Nicolas II, avait des cheveux, et le
peuple avait de quoi manger ! Ensuite est arrivée Lénine,
et avec lui la faim ! (…) Eltsine avait des cheveux. Beaucoup
en ont profité pour s’en mettre plein les poches. Mais
de la bouffe, il y en avait ! Alors, Poutine ? Hein ? Il en a comment,
des cheveux ? Beaucoup ? (…)
Pas beaucoup, non.
Alors, bande de chiens, qu’est-ce qui vous prend ? Attendez
encore, et priez pour que le prochain en ait plus !"
Voulant découvrir des auteurs russes contemporains, j’ai
trouvé dans les Dernières nouvelles du bourbier d’Alexandre
Ikonnikov une bonne introduction. En une quarantaine de nouvelles,
l’auteur (traduit en français par Antoine Volodine) dresse
un portrait drôle et sans concession de la Russie d’aujourd’hui.
Dommage que le titre et l’image de la couverture ne rendent
pas très bien compte du ton de ces nouvelles.
Ses personnages, ruraux, appartiennent à la "Russie d’en
bas", bien loin des univers de Moscou et Saint-Pétersbourg.
Politique, magouilles, précarité, vodka et monde rural
sont les thèmes privilégiés d’Ikonnikov,
qui nous montre à sa manière la société
russe dans les années 2000, une société qui a
perdu ses repères et qui a du mal à entrer dans les
"temps modernes".
Les nouvelles sont inégales : si certaines font rire et réfléchir
le lecteur français, il faudrait être Russe ou connaître
très bien le contexte pour en apprécier d’autres.
Les nouvelles regroupées sous les thèmes "Voisins,
voisins" et "Temps modernes", sont particulièrement
réussies et accessibles.