Le
grand roman noir japonais est l’œuvre de Ishida Ira
qui signe là une histoire hors du commun. À lire
absolument.
"Vous vous souvenez de l'Etrangleur ? Ce nom devrait vous
rappeler quelque chose, même si vous n'êtes pas
spécialement branché crimes, car on en a beaucoup
parlé cet été. C'est la police qui a arrêté
le coupable, mais tout le monde vous dira à Ikebukuro
que ce sont les G-boys qui ont mis la main dessus. Il se trouve
que c'est moi qui ait dirigé les opérations. Peut-être
parce que la fille assassinée était de ma bande.
Depuis ce temps-là, une rumeur étrange s'est mise
à courir les rues d'Ikebukuro, et de temps en temps on
fait appel à moi pour des trucs pas clairs.
Des gens qui ont disparu, des embrouilles à résoudre,
des protections. En général, des histoires nases.
Rien d'étonnant à ça. Les affaires qu'on
peut confier à la police, on les confie à la police.
Et il y a les détectives privés ou les yakouzes
si on a de l'argent. Autrement dit, si on se tourne vers moi,
c'est pour toutes les embrouilles qu'on irait jamais raconter
aux flics et auxquelles sont mêlés des mômes
fauchés. Et pourtant, quand j'ai le temps, j'accepte
de m'en occuper. D'abord, ça me distrait. Et puis je
ne supporte pas de regarder sans rien faire ces mômes
paumés et sans cervelle se débattre dans des problèmes
sans issue.
Oh, pas par grandeur d'âme. C'est juste que j'ai l'impression
de me voir dans un miroir."
Ainsi parle Majima Makoto, dix-neuf ans, sorti d'un lycée
professionnel et qui aide sa vieille mère à tenir
un minuscule magasin de fruits et légumes sur Ikebukuro.
Dans ces autres longues nouvelles, il va s'atteler à
diverses affaires ayant trait à sa vie, son quartier,
ses amis. Travaillant en sous-main pour les flics, yakouzes
ou tout simplement pour lui, pour défendre son quartier
qu'il aime et tenter de sauver quelques désoeuvrés.
Autant le dire d'entrée de jeu, Ikebukuro West Gate Park
est LE grand roman noir japonais de ces dernières années
(il est vrai que nous ne croulons pas sous les traductions de
polars japonais). Par l'épaisseur de ses personnages,
la qualité de leurs interrogations, les préoccupations
sociales dans le quartier, Ishida Ira a écrit un excellent
livre, couronné au Japon et ayant inspiré un manga
dans le monde entier. C'est typiquement le genre de roman que
vous regrettez de finir et dont vous espérez ardemment
une suite tellement vous avez été séduit
et captivé. Le style est brillant aussi, bref, c'est
grand et à lire absolument !