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     LiVReS
 
ASILES DE FOUS
Régis JAUFFRET

Gallimard - 211 pages
Une histoire a priori banale, celle d’une jeune femme ivre de tristesse et de colère, déboussolée parce que son compagnon, son amour, est parti. Puis, au gré des narrateurs qui se succèdent, on apprend la (triste) réalité, et l’on est emporté dans un quasi huis-clos étourdissant en compagnie d’un trio qui se révèle infernal, et de leur proie.


Au départ, la narratrice est une jeune femme errante, perdue, désemparée, qui ne sait plus où elle en est : qui était l’être aimé, où est-il, est-il remplaçable ?
"Il faut que je me débarrasse des enfants, trois ou quatre, je ne sais plus. Des enfants que nous n’avons pas eus, des enfants tenaces, dont je serai toujours enceinte."

A vrai dire, le premier chapitre du livre est assez déroutant, on a du mal à suivre (sans doute parce qu’on ne sait pas encore d’où l’on vient) mais on pressent, on espère même, que l’écriture va évoluer et que les choses vont se mettre en place.
Puis la narratrice nous fait le récit de la rupture brutale, d’une lâcheté inconcevable, qu’elle a subie. Sans dévoiler la façon dont elle se fait larguer - il n’y a pas d’autre mot ! - je dirai juste que ça donnera une idée inédite aux plus lâches d’entre nous !

Cependant, Régis Jauffret n’épilogue pas, ne s’appesantit pas sur la douleur liée à la rupture et ne tombe pas dans la description vue et revue de l’état d’esprit de l’amant(e) éconduit(e). C’est là que réside l’originalité du roman ; là et aussi dans une écriture très particulière puisque la jeune femme, que l’on pensait être le personnage principal, perd la parole au profit de différents narrateurs qui vont la lui prendre successivement et se la couper allégrement.

Chacun veut rétablir la vérité, sa vérité.

"Je vous ai parlé de notre couple et de Damien. J’ai été aussi objective que l’on peut quand on parle des siens. J’aurais pu nous présenter sous un jour plus tendre, plus aimable, vous nous auriez trouvés sympathiques, et l’envie de nous connaître aurait titillé quelques-uns d’entre vous. C’est volontairement que je n’ai rien dit des dons exorbitants que nous faisons mensuellement à l’UNICEF."

L’on se rend compte que la jeune femme a été confrontée à une famille (au sens strict, un couple et son fils) dont les membres sont incapables d’aimer, qui même entre eux se détestent d’une façon larvée et qui, pourtant, font bloc, sont soudés, accrochés à leur apparence et leurs possessions matérielles qui semblent compter plus que tout.

On apprend (sic) que les apparences sont trompeuses, et que celle qu’on pensait troublée, voire au bord de la folie, est sans doute la plus saine d’esprit et on la plaint sincèrement d’être tombée non seulement sur ce type (dont la vie privée sera déballée) mais surtout sur une telle bande de fous.


Thibault Dablemont
© Jowebzine.com - Février 2006
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