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     LiVReS
 

STRINGER
Jean-Paul JODY

Babel Noir - 261 pages

Un roman plus que noir qui nous fait découvrir un specimen peu connu de l'homo americanus : le stringer, ce "journaliste" d'un genre un peu spécial…


Filo a quitté Saint-Nazaire pour l’Amérique. Un diplôme new-yorkais de cinéma en poche, il file à la conquête de Los Angeles. Mais les portes des studios de Burbank restant closes, Filo se retrouve toutes les nuits sur un parking d’Inglewood, une caméra beta sur les genoux, un scanner branché sur les fréquences radio de la police et des pompiers, attendant l’appel brutal du fait divers sanglant. Avec sa caméra et une métamorphose considérable de son éthique, Filo va devenir un stringer, un rapace aveugle à la douleur planant au-dessus des morts violentes, filmant et vendant ses images au plus offrant des network, pour une poignée de dollars.

Dans la série "Que reste-t-il à découvrir sur l’Amérique ?", Jean-Paul Jody nous apporte ce document à l’importance non-négligeable : le stringer. On avait l’impression de le connaître mais les Américains l’avaient soigneusement dissimulé, comme une sorte d’animal endémique honteux, sous les traits d’un journaliste sans foi ni loi, opportuniste et capable des pires bassesses pour faire et vendre de l’image. Mais journaliste tout de même, soit une entité vouée à la révélation de la vérité et répondant aveuglément aux commandements du fameux premier amendement : Gena Davis et Andy Garcia dans Héros malgré lui, Courtney Cox dans la série des Scream, William Atherton dans la série des Die hard, Jennifer Jason Leigh dans Le grand saut ou encore Nicole Kidman dans Prête à tout, tous avec, plus ou moins, la capacité de s’amender avant le dénouement final.

Avec Stringer, Jean Paul Jody nous révèle donc qu’on nous a menti. Le stringer est l‘homme de la situation, seul, indépendant comme le livreur de pizza, apte aux trois huit, technicien hors pair, frustré d’une vie artistique, les idéaux en berne (en arrivant à Los Angeles, Filo fonce à Hollywood voir le Chinese Theater, lieu des plus somptueuses premières à la grande époque des nababs, et ne trouve qu’un boulevard délabré sur les trottoirs duquel zonent les silhouettes haves de quelques camés), héraut du désespoir vendeur agissant par faim. C’est du noir de noir, un démoulage frigorifiant d’impressions d’Amérique, la contemplation de notre rêve américain qui n’en finit plus de s’autodéboulonner dans des fictions-réalités douce-amères.

L’écriture de Jody est à la hauteur de la désillusion de son Filo à la vingtaine joyeuse et rapidement ensevelie. On démarre dans le tout beau, tout doux d’un giron familial à peine quitté ; on finit dans le sang et la poussière d’une nuit profonde où règne encore une sorte de candeur à laquelle on s’accroche nous aussi pour ne pas chavirer par-dessus bord.

L’Amérique a inventé le happy-end.
Le vrai roman noir ne connaît pas de happy-end.
Stringer est un roman noir.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Décembre 2003

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