La
découverte d’un grand écrivain israélien
qui est attentif aux détails, à l’humain
et nous bouleverse.
Pour ceux qui considèrent la lecture comme une habitude
dont on ne peut se passer, tomber sur une véritable œuvre
littéraire constitue une exception. De la même
manière qu’un bédouin rêve d’oasis
en plein désert, la véritable littérature
est rare à trouver dans cette étendue de fausses
valeurs qui parasitent les tables des librairies.
Yehoshua
Kenaz, écrivain israélien né en 1937, est
une surprise, voire une révélation. Paysage aux
trois arbres est composé de deux récits, celui
éponyme de 75 pages qui raconte les souvenirs d’un
petit garçon à Haïfa pendant la seconde guerre
mondiale. Et On brûle les placards d’électricité
(220 pages) qui décrit la vie des habitants d’un
immeuble de Tel-Aviv à partir du moment où l’incendie
d’un placard d’électricité entraîne
la mort d’une vieille dame.
Kenaz
a fait des études classiques. Il est même venu
à La Sorbonne et a traduit en hébreu quelques
classiques de la littérature française du XIXe
siècle. Il collabore à Haaretz, qui est un grand
quotidien. Et le peu de renseignements que l’on peut obtenir
sur lui, souligne le caractère paradoxal de l’homme.
En effet, il dit écrire pour ses voisins, pour les gens
de son quartier et de sa ville. Il doute que ses œuvres
soient compréhensibles au-delà. Ignore-t-il que
la meilleure manière d’accéder à
l’ensemble de l’humanité est d’observer
ses proches ?
En
tout cas, ce que la traduction de Rosie Pinhas-Delpech rend
admirablement, c’est la simplicité de Kenaz, son
attention aux détails qui n’étouffent pas
le récit mais au contraire lui donnent de l’étoffe,
du soyeux, du vivant. Il y a peu d’intellectualisme chez
Kenaz (pas de prise de tête, en somme) mais au fur et
à mesure que nous lisons, nous comprenons que nous ne
saurons jamais vraiment le fin mot de l’histoire. Nous
n’en saurons que ce qui nous est dit et qui nous ouvre
des abîmes.
Il
s’agit donc d’un livre qui raconte des histoires
simples sous lesquelles la terre se dérobe. Un livre
qu’on a envie de faire lire, de recommander mais qu’on
n’a pas envie d’expliciter. Dans chacun des récits,
nous avons le point de vue de l’innocent (qu’il
s’agisse d’un enfant, d’un chaton). Cet innocent
ne comprend pas tout ce qu’il voit. Nos en savons parfois
plus que lui. Et pourtant devant ce livre, nous sommes tous
des innocents.
Ajoutons
enfin, qu’en ces temps de guerre et de sang versé
de part et d’autre, découvrir les troubles et les
doutes d’un peuple que l’on nous présente
comme radicalisé ou se radicalisant nous démontre
qu’entre attentats suicide et représailles, la
souffrance des êtres persiste.