Traduit de l'anglais (Etats Unis)
par Bernard Cohen
Belfond - 588 pages
La
poursuite du bonheur de Douglas Kennedy est un livre qui ressemble
à son titre. Cest-à-dire quil est
ardu et fastidieux de poursuivre le bonheur dans lexistence,
mais que cette quête effrénée est celle
du chercheur dor qui parfois découvre quelques
pépites.
Douglas Kennedy est un de ces auteurs dont la trajectoire mérite
le détour. Après avoir écrit un polar paru
en Série Noire, il a publié deux romans quil
faut absolument vous procurer si vous aimez les histoires qui
vous prennent et ne vous laissent plus en paix : Lhomme
qui voulait vivre sa vie et Les désarrois de Ned Allen.
Kennedy y racontait les histoires de personnages au prises avec
leur destin et ayant la volonté de modifier le cours
de leur existence. Des hommes qui se disent : "Que se passerait-il
si ?"
Ces deux romans étaient construits dune manière
diabolique. De retournements de situations en suspense haletant.
Vous étiez forcés de lire jusquau cur
de la nuit parce que vous étiez accros. La main tremblante,
lil hagard, vous vous disiez : "Que va-t-il
se passer ?"
Voilà quen cet automne est paru La poursuite du
bonheur. En lachetant en librairie, jai eu un premier
choc : son poids. 580 pages écrites serrées. Si
vous vous faites agresser la nuit et si vous avez ce livre dans
votre sac, vous êtes sauvés. Il vaut une massue
ou un coup de poing américain. Sil est si long,
ce roman, cest que Douglas Kennedy est malade : il a été
atteint du syndrome du grand roman américain. Ce syndrome,
comparable au syndrome du grand roman à la Française,
consiste à se prendre au sérieux. Quest-ce
à dire ? Lauteur, victime du succès, croit
quil a quelque chose à nous apprendre. Il souhaite
nous donner son point de vue sur la nature humaine et en même
temps dresser un portrait de la société à
un moment donné. En dressant ce portrait, il prétend
cumuler les fonctions : entomologiste, moraliste, historien
et mémorialiste. Or nous lecteurs, nous demandons principalement
à un écrivain, dêtre simplement un
écrivain. Comme nous sommes simplets de désirer
être tenu par la main ! Nous sommes des petits poucets
et les livres sont des cailloux.
Cela dit, et après avoir reconnu que cet article a été
écrit avec une énorme mauvaise foi et selon le
précepte sado-maso du "Qui aime bien châtie
bien". Voilà la vérité, je le jure,
sur La poursuite du bonheur. Il sagit dun roman
où les dialogues, lorsquils ne sont pas pertinents,
deviennent envahissants. Il sagit dun roman où
lauteur savère falot lorsquil doit
évoquer des moments heureux et où il retrouve
sa verve lorsquil se lance dans les drames du hasard et
les coups du sort.
À moitié-réussi, pas vraiment raté,
ce roman fait penser à cet extrait de chanson de Serge
Gainsbourg : "Le bonheur, ça fait chier que ça
dure si peu". Quand au sujet du roman, exceptionnellement
je ne vous en dirais rien. Ou très peu. Cela devrait
stimuler votre intérêt. Les deux romans, évoqués
au début de la chronique sont édités en
format de poche et vous attendent.