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     LiVReS
 
KADDISH POUR L'ENFANT
QUI NE NAITRA PAS

Imre KERTESZ

Traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba

Babel - 144 pages
Kaddish est le nom donné à la prière que les Juifs adressent à leurs morts. Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas est un long et sublime monologue, une prière prononcée par Imre Kertész (Prix Nobel de littérature en 2002) en mémoire de l’enfant qu’il n’a voulu, qu’il n’a pu avoir après son expérience des camps de la mort.


L’auteur, un juif hongrois vieillissant, prend le prétexte d’une discussion avec un philosophe pour livrer les pensées qui l’assaillent à l’évocation de l’enfant qu’il a renoncé à avoir. Car comment faire un enfant alors que l’on a toujours en mémoire l’horreur des camps et la vision de la barbarie humaine ?

Ce Kaddish commence par un "non !", la seule chose que l’auteur puisse inévitablement répondre lorsqu’on lui demande s’il a des enfants. Un non désespéré et puissant qu’il prononce comme un réflexe mais qui dissimule - derrière trois simples lettres - une myriade de raisons, d’arguments, de blessures enfouies.

Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas n’est pas un ouvrage facile à lire, tant au plan du sujet qu’au niveau de l’écriture : il s’agit d’un long monologue qui s’étire d’une traite sur 150 pages, quasiment en une seule et même phrase et, en tout cas, d’un souffle.

Le lecteur devra donc - pour savourer ce chef d’œuvre qui ne le laissera pas indemne - consentir à plonger en apnée dans l’esprit d’Imre Kertész et accepter que la plume suive littéralement la pensée de l’auteur, avec toutes les digressions, les ellipses, les souvenirs que cela comporte. Il sera de toute façon happé dès la première phrase par le rythme fort et sans répit de la litanie.

Toujours est-il qu’on ne peut qu’être impressionné par cette écriture qui permet à un récit complexe et dense de rester toujours, et paradoxalement, clair. On apprécie aussi la musicalité du texte ponctué de phrases ou d’images (le "non !", la vieille tante juive orthodoxe…) qui reviennent comme un refrain.

Si l’on ajoute qu’Imre Kertész a l’impertinent talent d’insérer des notes comiques et d’autodérision (sans doute des marques du célèbre humour juif), on ne peut, modestement, qu’approuver le jury du Nobel.

"Quelqu’un fit la proposition mélancolique que chacun dît où il avait été, et alors, avec un tambourinement morne, comme d’un nuage qui a depuis longtemps déchargé son énergie, des noms se mirent à tomber : Mauthausen, le méandre du Don, Recsk, la Sibérie, Gyütjö, Ravensbrück, la rue Fö, 60 rue Andrassy, les villages de relégation, les prisons d’après 56, ce fût mon tour, mais heureusement, je fus devancé : "Auschwitz" dit quelqu’un, avec la voix modeste mais assurée du vainqueur, et l’assemblée hocha gravement la tête : imbattable."


Thibault Dablemont
© Jowebzine.com - Avril 2006
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