Un
premier roman traduit en français, aux frontières
du polar qui allie grande érudition et narration palpitante
pour offrir 300 pages passionnantes.
"La lettre de Ninochvili m'a inspiré un étrange
malaise. La chose est littéralement grotesque, mais une
sorte de pressentiment du malheur imminent s'est insinuée
en moi dès que j'ai vu l'enveloppe gris sale déposée
sur la tablette de mon vestiaire, ce midi, au retour de cinq
heures de cours écœurantes. J'ai regardé
fixement le timbre-poste, une splendide reproduction en couleur
de David le Constructeur brandissant son épée
contre les musulmans. J'ai déchiffré le cachet
de la poste - Tbilissi -, j'ai épousseté une impureté
imaginaire sur la manche de mon veston et j'ai senti la peur
monter en moi."
A-t-il raison d'avoir peur, Christian Kestner ? On se le demande…
Il n'a rien à se reprocher lors de sa visite à
Tbilissi, sept ans plus tôt, où il avait été
accueilli à bras ouverts chez David Ninochvili. Certes,
c'était l'Est, ses espions, leurs plans machiavéliques,
certes, il avait un peu flirté, mais trois fois rien,
raison oblige et peur des représailles, avec Matassi,
la femme de David… mais de là à craindre
la visite anodine de Ninochvili qu'il n'a jamais revu depuis
ce temps…
Avec une érudition sur la Georgie et bien d'autres sujets
abordés (sans pour autant faire étalage de science
et être pédant), La vengeance de David est un excellent
livre. Kestner balance entre la réalité et ses
"délirantes inventions paranoïaques" qui
faussent complètement son jugement et modifient radicalement
ses actions, pour le bonheur du lecteur. On flirte avec le polar,
c'est bien écrit, c'est un livre à ne pas négliger.