Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Bernard Hoepffner avec la collaboration de Catherine
Goffaux
Gallimard - 360 pages
Un
des meilleurs romans de la rentrée nous parle de jeunesse et
de vieillesse, d’amour et de solitude, de la condition humaine
dans sa splendeur et sa petitesse.
Nicole Krauss est une jeune femme de 32 ans. L’histoire de l’amour
est son second ouvrage et le premier à paraître en France.
Avantage ou inconvénient : son mari, Jonathan Safran Foer est
l’auteur reconnu de Tout est illuminé. Inconvénient
car, dans un couple, l’un est toujours plus connu que l’autre.
Avantage car il y a émulation spirituelle et l’un n’est
pas là pour copier l’autre.
D’autant plus qu’avec L’histoire de l’amour,
Nicole Krauss s’impose tout simplement comme un écrivain
majeur, un écrivain doué d’une écriture
simple qui nous entraîne vers des abîmes de complexité.
Tout d’abord et cela est assez rare pour être signalé,
ce livre est une agréable surprise graphique. Les différents
narrateurs sont mis en valeur différemment. Ensuite, ce roman
est l’entrelacs de trois histoires. Celle de Léo Gursky,
un très vieux juif qui a quitté la Pologne en 1941 et
a exercé le métier de serrurier à New York où
il vit une retraite ennuyeuse. Léo, quand il vivait en Pologne,
écrivait un roman et était amoureux d’une fille
de son âge, Alma.
Alma Singer est le nom d’une jeune fille de quinze ans, inconsolable
après la mort de son père. Elle essaie de trouver un
nouvel amour à sa mère, traductrice, vivant cloîtrée
chez elle et traduisant un mystérieux livre, L’histoire
de l’amour.
Le troisième segment du roman de Nicole Krauss concerne Zvi
Litvinoff, écrivain juif Polonais, exilé pendant la
guerre au Chili et connu pour être l’auteur de L’histoire
de l’amour, un roman dont l’héroïne se prénomme
Alma.
Voilà les grandes lignes du roman, avec beaucoup de mises en
abîme et une réflexion profonde sur la paternité
des œuvres littéraires. Une des particularités
de Nicole Krauss est qu’elle infuse un humour assez frais dans
ce qui pourrait être un brouet difficile à digérer.
Ce qui caractérise un grand écrivain est souvent l’empathie,
qui permet à l’auteur de s’identifier à
ses personnages et de nous les faire aimer. Nicole Krauss est douée
d’empathie, au contraire de certaines pétasses obsédées
par leur nombril-centre-du-monde (au hasard, Christine A.). Et du
coup, nous sommes de plain-pied dans l’univers d’un vieil
homme au soir de sa vie, comme dans l’univers d’une jeune
fille qui cherche à se remettre d’un deuil.
Pour Nicole Krauss, il s’agit tout simplement de rendre hommage
à ses grands-parents, qui ont vécu entre deux continents
et deux civilisations. Ces grands-parents lui ont appris qu’une
vie se construit, se brise et se reconstruit. Rien n’est jamais
acquis à l’homme, disait Aragon. En ce sens, le parcours
de grands-parents de Nicole Krauss est représentatif de tous
ceux qui sont nés quelque part et doivent quitter leur point
d’ancrage.
Encore une fois, tout l’art de l’auteur est de dire doucement
des choses déchirantes. Pas besoin de hurlements ou d’emphases,
nous sommes touchés au cœur.