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     LiVReS
 
L’IGNORANCE
Milan KUNDERA

Gallimard - 184 pages
L’ignorance, de Milan Kundera, est son premier bon roman depuis... L’insoutenable légèreté de l’être. Cela faisait un bail et ses lecteurs fidèles, mais non dévots, commençaient à désespérer. Kundera était atteint de deux maux : il se prenait au sérieux et théorisait sur la littérature. Et puis il écrivait en français des histoires d’hommes et de femmes français, légèrement plus intéressantes que les romans français de base, c’est-à-dire proches de l’encéphalogramme plat.

Ses derniers romans ? Certains les ont lus. Mais qu’en ont-ils retenus ? Des idées intéressantes, une certaine naïveté d’expression et une absence totale d’érotisation de la prose.

Cela dit, la tache que s’était imposée Kundera n’était pas des plus faciles : écrire en français. Cela signifiait abandonner sa langue natale pour un dialecte dont ni Alexandre Jardin, ni Marc Lévy ne sont capables de saisir la subtilité et la multiplication des sens (sous-entendus, allusions, etc.). Il était normal qu’il tâtonne et qu’il tâtonne pendant plus d’une dizaine d’années.

L’ignorance est le résultat de ce cheminement. Il s’agit d‘un résultat hybride car il n’est plus le même écrivain, celui qui quitte son idiome de naissance pour écrire la langue de son imaginaire. Nul doute que Kundera soit fier et orgueilleux de sa maîtrise de la langue. Nous, nous avons le sentiment d’avoir perdu un ami et d’avoir, en échange, croisé une relation, quelqu’un qui s’il avait le temps, pourrait devenir plus qu’un copain.

L’ignorance suit le parcours de deux exilés, qui reviennent en Tchécoslovaquie, après des années passées en France ou au Danemark. Irena croise Josef en France, à l’aéroport. Elle le reconnaît comme quelqu’un qu’elle a rencontré jadis et avec qui elle aurait aimé faire l’amour. Lui, ne la reconnaît pas mais lui laisse croire qu’il se souvient d’elle. Le roman montre leur impossible retour au pays, leur difficile rencontre avec leur ancienne langue et avec leurs anciens amis. Pour Kundera, partir rend presque impossible l’opportunité de revenir.

Dans ce roman, on croise aussi des personnages secondaires attachants, tels la jeune fille romantique trop amoureuse, une belle-mère innocemment incestueuse et quelques réflexions sur Ulysse et son irrépressible désir de retrouver Ithaque et Pénélope.

Si l’on ignorait le nom de l’auteur, s’il était question d’un écrivain absolument à découvrir, un nommé Kundero par exemple, on se dirait que ce livre est magnifique d’intelligence et de subtilité. Comme l’auteur est un des meilleurs écrivains qui soit et qu’il s’appelle Kundera, nous dirons qu’il faut lire L’ignorance en y trouvant les beaux restes d’un grand esprit.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Avril 2003
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