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     LiVReS
 
LE CHARME DES APRES-MIDI SANS FIN
 Dany LAFERRIERE
 
Lanctôt Editeur - 204 pages
Et si l’un des plus grands écrivains de langue française était scandaleusement sous-évalué en France ? Et si l’imaginaire des Caraïbes se mariait à merveille avec la langue de Racine et Molière ? Avouez-le, vous avez plus de chance en lisant les journaux et revues de notre beau pays de tomber sur des articles dithyrambiques encensant les derniers romans de Christine Angot ou Philippe Sollers que de tomber sur un papier ou une notule sur Dany Laferrière. Eh bien, c’est un grand tort car, à mon sens, Dany Laferrière est un des meilleurs écrivains français. Sans discussion. De plus comme tout écrivain majeur, il poursuit une œuvre.

Tous ses récits sont des autobiographies réinventées. Le narrateur principal s’appelle Vieux Os et dans Le charme discret des après-midis sans fin, il raconte sa vie de jeune garçon aux portes de l’adolescence dans la ville de Petit-Goave, en Haïti. Ses parents l’ont confié à sa grand-mère Da, à laquelle l’unit un lien fusionnel. Da est imprégnée de savoir Vaudou. Elle vit dans un monde où se côtoient très simplement et sans cérémonie les vivants et les morts. Quant à Vieux Os, il a les intérêts d’un garçon de son âge. Il a des amis et se balade avec eux. Il rencontre des filles qui le désirent et aime en secret la jolie Vava, sans oser le lui dire. La plupart du temps, il est aux côtés de sa grand-mère qui rencontre des personnes hautes en couleur. Dans la deuxième partie du livre, la politique fait irruption, un couvre-feu est instauré dans la ville. Les hommes sont arrêtés et détenus dans une caserne. Le paysage merveilleux devient dangereux.

Ce qui est remarquable surtout dans ce roman, c’est la générosité de Dany Lafferière. Il transforme ses souvenirs d’enfance, en épopée, en roman baroque, le tout servi dans une langue limpide. Pas d’afféteries dans la narration, des chapitres courts, une émotion en filigranes.

Dany Lafferière est né en 1953 à Port aux Princes. Il a vécu à Petit-Goave et a quitté son île en 1976 pour des raisons politiques. Son roman Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer a été un triomphe, adapté au cinéma. Après avoir vécu longtemps à Montréal, au Canada, il séjourne à Miami. Et s’il est unanimement reconnu au niveau international, il est peu connu en France. Réparez cette injustice et découvrez son univers coloré et mystérieux.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Septembre 2002
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