A
quoi tient la lecture d’un auteur : les critiques littéraires
qui vous donnent envie, les recommandations d’amis dont nous
partageons les goûts, le plus souvent. Parfois aussi l’angoisse,
un soir sur le quai du métro : "Je n’ai plus rien
à lire !". Et alors direction le Relais H pour essayer
de trouver un livre de poche pas trop nul. Tout cela pour vous dire
que jamais je n’avais prémédité la lecture
d’un roman de Marc Lambron et que donc, l’un de ces soirs,
j’ai acheté Les menteurs. Une lecture agréable,
les trajectoires de trois jeunes bourgeois lyonnais pas idiots : deux
feront Normale Sup, au cours du dernier quart du XXe siècle.
Quelques mois plus tard paraît Une saison sur la terre. Et je
ne résiste pas à la quatrième de couverture :
un nouveau roman qui reprend les thèmes du précédent
et consacre une place importante à la passion pour le rock,
que j’ai partagé, de l’auteur.
Deux événements vont être le point de départ
d’un retour vers le passé. Les retrouvailles fortuites
avec la femme, premier grand amour, platonique, et modèle de
l’un des personnages principaux du précédent roman,
et l’occasion incroyable de réaliser des interviews de
certains des guitaristes mythiques de la grande période du
rock dans les studios tout aussi mythiques d’Abbey Road.
Le roman entrelace les réminiscences du passé : Lyon,
les amitiés puis les amours adolescentes, la passion pour le
rock anglo-saxon et les émois des premiers concerts, les années
d’étudiant à Paris et les événements
contemporains : les séances d’Abbey Road avec quelques
portraits, sensible pour Eric Clapton, marrant pour Bill Wyman et
Ron Wood, pas très tendre pour Mark Knopfler.
Tout n’est pas passionnant dans cette autobiographie romancée,
notamment quelques incises du style "je connais du beau monde",
depuis les grandes figures intellectuelles jusqu’à la
jet set… Certains passages sur ce qui, faute d’un autre
mot, peut être appelé "coïncidences qui font
resurgir le passé" sont, par contre, très beaux
car décrits avec sensibilité. Un passé, le nôtre
mais aussi celui des écrivains qui nous sont devenus proches,
qui n’est en fait jamais mort et qui affleure dans un paysage,
une lecture.
Une saison sur la terre, une recherche du temps perdu qui n’est
pas pure nostalgie car elle réserve aussi la joie du temps
retrouvé (rendons à Marcel Proust…).