Traduit de l’anglais
par Thierry Beauchamp
et Romain Rabier
Le Dilettante - 128 pages
Découvrez
un humoriste canadien, prince de l’absurde qui fut aussi
un universitaire renommé. Comme quoi il faut être
intelligent pour nous faire rire.
L’île de la tentation de Stephen Leacock n’a
évidemment rien à voir avec la sinistre émission
télévisée qui invite, pendant les vacances
d’été, les couples à se tromper les
uns les autres. Il s’agit du titre d’une nouvelle
de ce recueil qui en compte six.
Ce recueil devrait raviver notre mémoire défaillante
et nous permettre d’apprécier Monsieur Leacock
à sa juste mesure. Né en 1869, mort en 1944, il
a vécu au Canada. Pour prendre la mesure de l’homme,
il nous faut imaginer un professeur de la Sorbonne capable d’écrire
un one man show pour Pierre Desproges.
En effet, Stephen Leacock a enseigné les sciences politiques
et l’économie à l’université
McGill de Montréal. Il a écrit des livres très
doctes tels que Eléments de science politique (1906).
Il a écrit des biographies de romanciers admirés
tels que Dickens. Il a même composé des traités
sérieux pour expliquer et décoder les mécanismes
de l’humour.
Mais ce que l’histoire a retenu de lui, ce sont ses nouvelles.
Cela dit, s’il est très connu dans le monde anglo-saxon,
les raisons en varient. Certains apprécient ses récits
doux amers, d’autres privilégient son sens de la
parodie.
Dans ce recueil que les Editions du Dilettante ont la bonne
idée de nous proposer, nous trouvons d’une part
des récits absurdes et non-sensiques, d’autre part
des parodies de genres à la mode : roman russe, roman
d’intrigues, etc.
Il faut lire Leacock car on se rend compte qu’il est le
digne prédécesseur des Monty Python mais aussi
de la Rubrique à Brac de Gotlib et Goscinny. Au cas où
vous seriez amateur de Bigard ou de Patrick Sébastien,
cet humour risque de vous surprendre car il est basé
sur le dérapage.
On croit lire la triste histoire d’un homme dont le bateau
a fait naufrage et qui se retrouve seul survivant sur une petite
île isolée. Mais plus les détails s’accumulent,
plus ils deviennent cocasses, jusqu’au moment où
le récit bascule dans l’absurde. Ce qui caractérise
en effet Leacock est son art de la chute, du retournement de
situations.
Le principal reproche que l’on peut faire est le suivant
: pourquoi seulement six nouvelles dans ce recueil, c’est
trop court ! Il nous en faudrait encore six pour nous contenter.
D’un autre côté, ce livre inaugure peut-être
un nouveau concept : le livre apéritif. Il vous met en
joie, vous met l’eau à la bouche. À vous
de choisir le plat de résistance : pourquoi pas justement
relire Mark Twain, un auteur que Leacock a certainement apprécié.