Traduit de l’anglais (Etats Unis)
par Isabelle Maillet
Rivages / Thriller - 298 pages
Le
nouveau roman policier de Dennis Lehane va vous emmener à
Sutter Island, et va vous surprendre. Oubliez vos certitudes.
Ça commence comme un bon vieux polar à
l’ancienne. Teddy Daniels, un US marshal de Boston a été
appelé pour enquêter sur la disparition d’une
patiente d’un hôpital psychiatrique d’un genre
nouveau. Cet hôpital se trouve sur une île appelée
Shutter Island, d’où le titre du roman. Daniels
est accompagné par Chuck Aule, un adjoint qu’il
ne connaît pas. Autant Chuck est jovial, autant Daniels
apparaît meurtri. Il a perdu sa femme dans un incendie
et ne s’en remet pas.
Voilà donc le mode d’accès pour rentrer
dans ce roman, dont le moins que l’on puisse dire est
qu’il vous réserve des surprises. Dans ses 290
pages, vous aurez droit à deux retournements de situation
et ces retournements impliqueront des changements de perspective.
Imaginez que vous lisiez une histoire qui commence en roman
d’amour, bifurque au bout de cent pages, en thriller psychologique
et, de nouveau au bout de cent pages, se métamorphose
en récit de science-fiction. Imaginez que cela ne soit
pas gratuit mais ait un sens réel. Voilà ce à
quoi vous devez vous attendre en embarquant à Shutter
Island.
Évidemment, vous risquez d’être surpris car
chaque changement implique une métamorphose de l’histoire
à laquelle vous vous étiez attaché. Sans
trop en dévoiler, on passe dans ce roman, d’une
enquête solide avec beaucoup de dialogues à un
récit sur la manipulation et sur le complot, quelque
chose de paranoïaque qui rend bien compte de l’état
d’esprit des années 50 et de la guerre froide.
Ensuite, le changement final ? À vous de le découvrir.
On ne peut s’empêcher cependant de préférer
la seconde partie qui permet à Dennis Lehane d’exceller
dans un genre qui lui est propre : une vision noire du monde
à peine tempérée par quelques gouttes d’humour
ou d’espoir. Et puis, en référence à
l’époque actuelle, un complot des forces du mal,
cela est si typiquement américain…
Enfin, par sa manière de sauter d’un genre à
l’autre, de casser nos certitudes de lecteurs qui n’avons
pas envie d’être bousculés Lehane inclut
un jeu sur les codes, une réflexion sur ce qu’est
ou ce que doit être un roman qui le transforme en Rubik’s
cube intellectuel. Même si la dernière partie déçoit
en bien, n’oublions pas de saluer l’artiste.