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     LiVReS
 
UN PETIT BOULOT
Iain LEVISON

Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Fanchita Gonzalez Battle

Editions Liana Levi - 224 pages
Quand tuer son prochain signifie sauver sa peau, on n’a pas d’autre choix que de soigner son boulot… Iain Levison nous offre l’un des meilleurs romans de cette année.


Un petit boulot de Iain Levison est bien mieux qu’un simple polar de série. En fait, il s’agit sans conteste d’un des meilleurs romans parus cette année.

Iain Levison a écrit un premier livre dans lequel il fait le compte de tous les petits boulots qu’il a effectué (une quarantaine), ceux dont on l’a viré, ceux qu’il a abandonnés au bout de quelques jours. Ces expériences lui ont sûrement donné l’idée ou le point de départ d’Un petit boulot. On n’en saura pas plus. Car il est très difficile de trouver des informations sur le Net concernant Levison. Beaucoup de critiques sur Un petit boulot mais peu d’informations, si ce n’est que Levison serait professeur à l’université de Philadelphie…

Ce roman nous présente Jake Skowram qui a travaillé pendant des années comme chef d’unité dans la principale usine d’une petite ville des Etats-Unis au temps gris et pluvieux. Et puis l’usine a fermé ou plutôt elle a été délocalisée au Mexique, où les coûts de production sont moins élevés. Depuis, la ville est devenue une ville-fantôme où la plupart des commerces ont fermé et où les gens vivotent en attendant leurs allocations chômage.

Jake est harcelé par les organismes de crédit auxquels il doit de fortes sommes. Sa copine est partie ailleurs. Il a vendu sa voiture, sa télé. Il a plus de 3 000 dollars de dettes chez son bookmaker Ken Gardocki. Celui-ci lui propose d’éponger ses dettes et de lui donner 800 dollars s’il accepte de tuer sa femme. Ainsi commence la carrière d’un tueur à gages.

Levison détaille bien les raisons économiques qui poussent Jake à accepter et à considérer ce travail comme un travail ordinaire. Travailler redonne à l’homme sa dignité. Si la seule tache qu’on lui fournit est de flinguer quelqu’un. Alors, il faut accomplir son boulot le plus professionnellement possible, sans aucun problème moral.

Même si ce livre possède un humour noir particulièrement corrosif, il n’est pas à ranger dans la catégorie des romans rigolos. Ce qui nous marque plutôt est la vérité de l’analyse psychologique ainsi que l’universalité des situations. Car enfin pourquoi voudrait-on que les ravages de la Mondialisation ne s’exercent pas aux Etats-Unis ? Le drame de la Mondialisation est qu’elle touche tous les travailleurs du monde, ceux qui en bénéficient comme ceux qui en souffrent. Elle transforme un homme en tueur tout simplement parce qu’il n’a pas d’autre solution.

Pourquoi faut-il lire ce livre ? Parce qu’il a la force d’une tragédie et les situations paradoxales de la comédie. Parce que comme les documentaires de Michael Moore il est d’une redoutable efficacité. Parce que, quoi qu’on en dise, c’est arrivé près de chez vous !


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Décembre 2003
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