Les
voleurs doivent absolument se méfier des honnêtes gens,
et ce d’autant plus que l’honnêteté n’existe
pas. Attention polar caustique et joyeux !
Après Un petit
boulot, voici Une canaille et demie, le second roman de Iain Levison
qui confirme que cet auteur nous procure un intense plaisir de lecture
tout en nous délivrant un message qui titille nos neurones.
Un second roman est toujours le moment de vérité. L’auteur
saura-t-il à la fois nous rappeler la réussite du premier
et se renouveler de manière à ce qu’on n’ait
pas l’impression de lire toujours la même histoire ?
Pari réussi ! Ce roman s’inscrit dans la droite lignée
du précédent tout en apportant un éclairage et
une thématique un poil différents.
Phil Dixon est un type qui a passé la plupart de son temps
en prison. Il réalise un casse en compagnie de comparses qui
se font prendre, mais lui a suffisamment d’expérience
et de sang-froid pour s’en sortir avec un sac bourré
de billets de banque. Malheureusement pour lui, il s’en sort
aussi avec des égratignures et sa cavale l’emmène
à Tiburn, paisible ville du New Hampshire, où son chemin
va croiser celui d’un professeur d’histoire qui aime les
jeunes femmes et qui vient d’écrire un essai quasi révisionniste
sur le Troisième Reich.
Ajoutons Denise Lupo, une femme de 36 ans qui travaille au FBI et
s’occupe des attaques de banque. Une femme amère car
elle se rend compte qu’elle ne pourra jamais devenir Profiler
à cause du machisme ambiant.
Iain Levison fait penser à Donald Westlake. Il partage avec
lui le goût des personnages détonants et des morales
élastiques. Ainsi, dans Une canaille et demie, la question
sous-jacente est la suivante : comment se fait-il que nous ne soyons
pas plus nombreux à braquer des banques ? C’est beaucoup
plus raisonnable que d’être coincé dans son travail
et/ou dévoré d’ambition.
La différence entre Levison et Westlake est que Levison se
concentre sur son intrigue, là où Westlake se mettrait
volontiers à délirer, à digresser.
La différence entre Levison et le gros des romans français
parus pour la rentrée littéraire ? Le plaisir tout simplement.