LES
EDITIONS PAR HASARD !
Interview de Renaud Marhic
Interview
expresse de Renaud Marhic, le fondateur des Editions Par Hasard
!, une nouvelle maison d'édition prometteuse dont nous
chroniquons les premières parutions.
Q - Les Éditions Par Hasard ! ont vocation
à publier des textes "vampirisant" le réel
pour en tirer leur substance littéraire. Récits
dont les personnages sont autant de témoins portant sur
les humains en société un regard personnel. Quelle
que soit la place qu'occupe ce regard sur la palette des émotions.
R - Ce choix du roman social n'exclut aucun
genre : littérature noire ou blanche, burlesque ou tragique,
peu importe, pourvu qu'il s'agisse d'une approche critique de
nos contemporains, dotée d'une vraie qualité d'écriture.
Nous donnons la primeur à la précision, à
l'acuité, des perceptions intimes. La forme peut être,
indifféremment, celle du roman ou de la nouvelle.
Q - Comment est née cette maison d'édition
? R - De manière éponyme, bien
sûr... Auteur, je venais de connaître quelques déceptions
éditoriales. Là-dessus, un ami m’envoie
ses vœux de bonne année sur marque-page. J’y
ai vu un signe. J’ai dit : “Ce qu’il faudrait,
c’est mettre sur pied une maison d’édition
différente...” Vous me croirez si vous voulez,
il avait la même idée.
Q - En ces temps perturbés de multiplication
de titres, de maisons noyées dans l'édition et
de livres ayant à peine une durée de vie de 3
semaines, pensez-vous que ce soit le moment de se lancer dans
l'édition ? R - Concernant la “multiplication des
titres”, les choses commencent à se calmer. Avec
la fin de Baleine, la faillite d’Alterdis et l’amaigrissement
de la Série Noire... Ca fait quand même de la place
sur les rayonnages ! Bien sûr, la période n’est
pas favorable à l’enfantement, mais quand le désir
est là, hein ? Plus sérieusement, nous sommes
très conscients de l’état du marché
du livre, de la mauvaise santé de l’édition...
C’est d’ailleurs, en toile de fond, le sujet de
Buffet à volonté, de Francis Mizio, notre premier
ouvrage. Ceci dit, notre projet a été pensé
en fonction de ces difficultés.
Q - Quelle sera votre structure de distribution
et comment comptez-vous faire pour que vos livres "se voient
en librairie" ? R - Les Éditions Par Hasard ! sont diffusées
et distribuées au plan national par Vilo2. Ce qui veut
dire que vous trouverez facilement nos ouvrages chez tous les
libraires de “niveau 1” – pour être
un peu technique –, c’est-à-dire les Fnac,
Virgin, Furet, et les grosses librairies indépendantes.
Dans les gares, les tabac-presse, ce sera plus dur... Concernant
la visibilité, nous avons réalisé un gros
travail artistique. Notre principe graphique veut imposer une
signature visuelle forte, privilégiant la mise en couverture
d’images peu conventionnelles. Pour l’instant, l’écho
est très favorable...
Q - Votre manifeste commence par "Les
Éditions Par Hasard !, ont pris la forme d’une
SARL sans salarié, les bénéfices étant
entièrement réinvestis dans le fonctionnement
de l’entreprise, à savoir dans la production des
ouvrages." Ce serait donc juste l'amour du livre qui vous
porte… N'est-ce pas utopiste dans le monde actuel ? R - En tout pragmatisme, nous savons qu’il
ne suffit pas d’aimer la littérature pour vendre
des livres. C’est pour cela que, je le disais plus haut,
notre projet a été pensé en fonction des
difficultés que connaît le monde de l’édition.
Par Hasard ! a cette originalité de fonctionner à
la façon d’une coopérative : elle met bout
à bout les compétences de ses actionnaires. Ceux-ci
viennent, en majorité, du milieu de l’édition
ou, a minima, possèdent un rapport fort aux livres et
à la littérature (écrivain, attaché
de presse, dessinateur, photographe, etc.). Évidemment,
l’absence de personnel salarié n’est pas
une fin en soit. C’est un moyen. Si, demain, nous embauchons,
tant mieux !
Q - Vous commencez fort avec un texte de Francis
Mizio qui avait pourtant juré de ne plus écrire
(question stupide lorsqu'on la pose avant la lecture du livre
de Mizio, mais on la garde, car on a l'habitude d'avoir l'air
bête)… Comment avez-vous fait ? R - Il circule deux versions à ce sujet.
Première version : nous disposons nos tréteaux
sur les places de village. Il y a des écrivains qui lisent
leurs textes, des joueurs d’accordéon, et de la
bière à volonté. C’est très
convivial. En fait, il s’agit du coup dit de “l’éditeur-recruteur”.
Nous attirons les auteurs, les saoulons, et en profitons pour
leur faire signer un contrat d’édition. Francis,
qui passait par là en quête d’une nappe à
olives noires sur fond jaune, s’est laissé prendre
au piège. Deuxième version : Buffet à volonté,
où le clown Mizio tombe le nez rouge et dévoile
l’envers du décor - notamment à propos de
sa condition de polardeux déjanté -, est de ces
choses qu’il ne pouvait taire. Et qu’il ne risquait
pas de publier chez un “grand” éditeur...
Q - Et un Roger Facon, auteur que vous aimez
particulièrement, vous pouvez nous en dire deux mots
? R - Sang pour sang glamour est ce que j’appelle
un grand roman noir. D’abord, Facon est une plume : ça
roule, ça cogne. Ensuite, il y a l’intrigue : un
membre du Sénat français se remémorant
ses crimes en série... Enfin, le background historique
: les magouilles de la IVe République, les absolutions
de la Ve... Facon, ancien flic, fait partie de ces écrivains
aimant à rendre le lecteur toujours plus conscient. Ça
se sent !
Q - Quels sont les titres à venir ? R - Vivre quand même, un recueil de nouvelles
noires où l’on retrouvera Mizio, Facon, mais aussi
Léo Lamarche, Stéphane Laurent, etc. Et puis Malou
et l’agneau, de Pascal Françaix. (Prix Fantastic’arts
Gérardmer 1998, Prix Ozone 2001). Une folle parodie du
roman de genre, entre polar et fantastique, dans un style particulièrement
agité. Évoquant Françaix, une seule chose
à dire : attention, talent !
Q - Des choses à rajouter ? R - On peut lire des extraits de nos livres,
télécharger les dossiers de presse les concernant,
sur notre site internet : www.editionsparhasard.com