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LA VERITE ET SES CONSEQUENCES
Alison LURIE

Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Virginie Buhl

Rivages - 272 pages
Dans l’indifférence médiatique la plus générale, l’auteur de Liaisons étrangères nous livre un bijou tardif aussi ironique que profond.


Nous sommes nombreux à garder un souvenir ému de la maison d’édition Rivages parce que, dans les années 1980, furent publiés sous sa bannière les premiers romans d’Alison Lurie et de David Lodge. Ces deux auteurs, chacun selon leur style, se livraient à une satire magistrale des universités américaines et de leurs histoires de campus.

Le temps a passé et les éditions Rivages ont perdu et leur direction littéraire de l’époque et leur indépendance. Elles font désormais partie d’un grand groupe, ce qui a peu d’incidence sur la qualité de leurs publications. Les modifications sont d’un ordre différent, mais qui joue sur l’inconscient du lecteur : la jaquette et le format ont été modifiés et les couvertures font bien souvent, entre elles, un concours de laideur.

Ce qui est arrivé aux éditions Rivages est comparable à ce qui arrive aujourd’hui au Serpent à plumes. On ne pardonne pas à une maison qui fut novatrice de devenir banale (c’est-à-dire sans rien de remarquable).

Pourquoi parler de cela, au lieu de s’étendre sur les raisons d’admirer le dernier roman d’Alison Lurie ? Eh bien, nous devons remarquer que ce roman, La vérité et ses conséquences, n’a quasiment eu aucune presse. Il est paru depuis un mois et se heurte à un mur du silence. Et ce n’est pas la faute d’un livre aux qualités intrinsèques.

Il faut peu de choses pour qu’un livre passe à l’as. De même, et vous pardonnerez la comparaison, il faut peu de choses pour qu’une histoire d’amour vire en eau de boudin. Un peu moins de flamme, quelques bourdes…

Cela est d’autant plus triste qu’Alison Lurie a 79 ans et que sa plume garde l’acuité et la fraîcheur qui la caractérise. On devrait tresser des lauriers aux Eric Rohmer et Alison Lurie de notre époque plutôt que d’encenser les pisseurs de copie séniles (non, n’y voyez aucune allusion à Jean d’Ormesson. Lecteur, vous êtes mal intentionné !).

La vérité et ses conséquences alterne les points de vue d’un couple et en profite pour introduire le 11 septembre dans la vie de ce couple. Alan Mackenzie a dépassé la cinquantaine. Spécialiste d’architecture, il a épousé Jane une dizaine d’années auparavant. Alan était fringant, beau, grand et athlétique jusqu’à ce qu’il se blesse lors d’un match amateur de volley-ball. Depuis, Alan s’est transformé en malade grincheux et atrabilaire. Il fait payer à sa femme le prix de la souffrance qu’il ressent.

Son hernie discale le paralyse tellement qu’il n’est même pas conscient du dévouement de Jane. Celle-ci dirige un centre de recherches en sciences humaines à l’Université de Corinth. Mais depuis plusieurs mois, elle aide et soigne son mari avec une dévotion quasi christique. Et on ne peut pas dire que ce ronchon lui en soit reconnaissant !

Que pensez-vous qu’il arrive lorsque Jane et Alan deviennent chacun amoureux d’une autre personne ? Avec des grâces d’entomologiste, Madame Lurie épingle ses contemporains et nous livre une réponse subtile, ni toute blanche, ni toute noire.

Quant à la lecture de ce roman, c’est bien simple, il se lit d’une traite, il se dévore. On passe de la première à la dernière page, sans avoir compris qu’il s’agissait d’un filtre, d’un envoûtement.

Bref, il est regrettable que ce roman n’ait pas de succès, il prive son lecteur de plaisirs mérités.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mai 2006
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