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     LiVReS
 
 FUMER DE L'ARGENT REND PAUVRE
 Rémi MALINGREY
 
Verticales - 192 pages
Rémi Malingrëy publie un livre dont le titre Fumer de l’argent rend pauvre pourrait laisser croire qu’il s’agit d’une série d’aphorismes tels qu’on en trouve dans des recueils consacrés à Jean Yanne, Pierre Perret, etc. Il n’en est rien. En fait, ce livre est vraiment original, à plus d’un titre.

Si vous êtes lecteur du journal Libération, vous connaissez Malingrëy, il y est dessinateur et l’on retrouve son trait également dans certains hebdomadaires. Son dessin ne ressemble à rien de connu. Les personnages croqués semblent caricaturés ou torturés. Ils ne sont pas beaux et un peu déséquilibrés.

Malingrëy a décidé de tenir son journal intime. Chaque soir, à l’heure où dort la maisonnée, il dessine sur un carnet (dont on retrouve les lignes, comme une trame) et nous livre un instantané de sa vision du monde. Il nous apparaît comme un dessinateur d’une quarantaine d’années, ayant femme et enfants (plusieurs). Quelqu’un qui vit pour dessiner et dessine pour vivre. Un observateur de notre vie quotidienne et qui lui apporte la beauté et la poésie qui souvent lui manquent. Un exemple (mais je vous conseille d’y aller voir par vous-même) : un homme (le narrateur) prend une douche et plein de savon, pleure. Quand on pleure sous la douche, le plus dur à sécher, c’est les yeux, indique le texte au-dessous du dessin. Il faut dire que l’auteur n’est pas épargné. Son fils Quentin tombe malade et il doit l’accompagner à l’hôpital pour des examens. L’auteur fait passer de manière très subtile la souffrance d’un père face à la maladie d’un enfant.

Malingrëy sait aussi être drôle ou féroce. Tout au long de ce carnet de croquis, c’est un homme attachant qui nous apparaît et que l’on découvre. Après avoir terminé de parcourir son livre, on n’a qu’une envie s’y replonger à nouveau. Le trait du dessinateur s’est paré d’une tendresse qui enlumine ses dessins. En plus on a le sentiment rare d’avoir un nouvel ami.

Au moment où le festival d’Angoulême s’achève, il fallait souligner que les frontières deviennent poreuses entre bande dessinée et littérature. Lisez donc Malingrëy. Vous rirez, vous serez émus. Bien plus qu’en lisant certains romans français contemporains.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Janvier 2002
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