Rémi
Malingrëy publie un livre dont le titre Fumer de largent
rend pauvre pourrait laisser croire quil sagit dune
série daphorismes tels quon en trouve dans
des recueils consacrés à Jean Yanne, Pierre Perret,
etc. Il nen est rien. En fait, ce livre est vraiment original,
à plus dun titre.
Si vous êtes lecteur du journal Libération, vous
connaissez Malingrëy, il y est dessinateur et lon
retrouve son trait également dans certains hebdomadaires.
Son dessin ne ressemble à rien de connu. Les personnages
croqués semblent caricaturés ou torturés.
Ils ne sont pas beaux et un peu déséquilibrés.
Malingrëy a décidé de tenir son journal intime.
Chaque soir, à lheure où dort la maisonnée,
il dessine sur un carnet (dont on retrouve les lignes, comme
une trame) et nous livre un instantané de sa vision du
monde. Il nous apparaît comme un dessinateur dune
quarantaine dannées, ayant femme et enfants (plusieurs).
Quelquun qui vit pour dessiner et dessine pour vivre.
Un observateur de notre vie quotidienne et qui lui apporte la
beauté et la poésie qui souvent lui manquent.
Un exemple (mais je vous conseille dy aller voir par vous-même)
: un homme (le narrateur) prend une douche et plein de savon,
pleure. Quand on pleure sous la douche, le plus dur à
sécher, cest les yeux, indique le texte au-dessous
du dessin. Il faut dire que lauteur nest pas épargné.
Son fils Quentin tombe malade et il doit laccompagner
à lhôpital pour des examens. Lauteur
fait passer de manière très subtile la souffrance
dun père face à la maladie dun enfant.
Malingrëy sait aussi être drôle ou féroce.
Tout au long de ce carnet de croquis, cest un homme attachant
qui nous apparaît et que lon découvre. Après
avoir terminé de parcourir son livre, on na quune
envie sy replonger à nouveau. Le trait du dessinateur
sest paré dune tendresse qui enlumine ses
dessins. En plus on a le sentiment rare davoir un nouvel
ami.
Au moment où le festival dAngoulême sachève,
il fallait souligner que les frontières deviennent poreuses
entre bande dessinée et littérature. Lisez donc
Malingrëy. Vous rirez, vous serez émus. Bien plus
quen lisant certains romans français contemporains.