Pour
fêter ses soixante ans et son éternel retour, Polnareff
raconte sa vie. Rencontre avec un être aussi émouvant
qu’agaçant. Mais pour saisir la dimension d’un
tel musicien, il aurait fallu que ce livre soit accompagné
d’un DVD.
Annoncée depuis quelques mois, voici sur les rayons des
libraires (et non dans les bacs des disquaires) l’autobiographie
de Michel Polnareff, écrite avec l’aide de Philippe
"Sex machine" Manœuvre.
Pour tous ceux qui attendent une autobiographie en bonne et
due forme, ce livre risque d’être une déception.
Ne comptez pas, par exemple, sur Polnareff pour donner le nom
de ses petites amies connues, ni pour s’appesantir sur
tel ou tel événement.
En fait, l’intérêt du livre est qu’on
a l’impression de recevoir dans son salon, un copain qui
vous raconte sa vie, avec les mêmes ellipses qu’engendre
la discussion et la même mauvaise foi qui nous anime dans
le feu de la conversation. C’est un ami qui vous parle,
prétentieux de temps à autre, sûr de son
génie. Mais un ami, puisque, bien souvent, on aime nos
amis pour leurs défauts.
Même si l’on trouve au fil des pages un sens certain
et heureux de la formule à l’emporte-pièce,
il ne s’agit pas de l’œuvre d’un écrivain
révélé. Mais, je ne crois pas que ce soit
cela l’important. Ce qui n’a pas de prix, c’est
bien le témoignage d’un des compositeurs français
les plus talentueux des quarante dernières années
!
Ce qui vient, comme un plus par rapport à ce que l’on
attendait, ce son les années d’enfance et d’apprentissage
du jeune artiste. Sa relation terrible avec son père
qui le battait à tout bout de champ. L’amour inconditionnel
qu’il voue à sa mère. La timidité
maladive qu’il éprouvait durant son adolescence.
On pressent que cela a fondé sa personnalité.
Il nous montre en creux le portrait d’un homme que la
vie a blessé et qui préfère se cacher sous
des airs bravaches et la provocation. Il y a du Gainsbourg chez
cet homme-là qui met tant de force à ne pas nous
montrer ses fêlures.
Polnareff par Polnareff ne ment pas sur la marchandise : vous
y trouverez les principaux moments de la chanson de geste de
l’homme aux lunettes noires cerclées de blanc :
la célébrité, la dépression, la
ruine à la suite d’une escroquerie, l’exil
aux Etats-Unis, l’opération des yeux pour lutter
contre l’aveuglement. Et ce défi qu’il nous
adresse depuis des années : je vais revenir avec un nouveau
disque et je monterais sur scène… Et vous allez
voir quelque chose d’exceptionnel.
Ce que ce livre ne pourra pas vous apporter, un voyage dans
les supermarchés culturels, il vous le délivrera
sans ordonnance : achetez donc les œuvres complètes
de Polnareff. Vous y découvrirez combien l’homme
est un mélodiste accompli et combien ses chansons nous
touchent au cœur, parce que sa voix (sa voie) est exceptionnelle.
Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire de
ce livre. Son côté exercice de style peut vous
laisser sur votre faim. Mais si vous aimez Polnareff, vous y
trouverez des miettes de ton et un peu de bonheur partagé.