Untitled Document
 

     LiVReS
 
LORRAINE CONNECTION
Dominique MANOTTI

Rivages/Thriller - 194 pages
POUR

Il est plutôt appréciable de lire dans les pages d’un site libéré tel que Jowebzine (entendez par libéré : qui ne dépend pas du grand capital via le soutien financier de la publicité), des chroniques relevées, en désaccord total avec la pensée unique du goût du jour. Ces joutes ont au moins le bénéfice de démarquer les chroniqueurs du net et d’en faire profiter ceux qui les hébergent. Il va sans dire que Jowebzine gagne en indépendance lorsque ses colonnes donnent de la voix alors que tout le monde s’égosille du contraire.

N’empêche.

N’empêche il peut aussi pousser des ailes à certain. Des ailes qui ne feront pas forcément décoller l’avis général, ne cumuleront pas de points pour leur retraite, ne feront pas tourner la société dans un sens meilleur. Cet envol, que tout chroniqueur est en droit d’attendre, peut s’avérer parfois maladroit, voir carrément déplacé quand il s’attaque, par la virulence de ses propos, à un sujet pas forcément maîtrisé.

Lorsqu’il y a deux semaines, paraissait dans ces pages, la chronique de Thibault Dablemont (voir plus bas) sur le dernier Dominique Manotti, j’ai failli écrire à la rédaction pour leur demander de résilier mon abonnement et de me rendre ma cotisation. Impossible, JWB étant un gratuit, saloperie !

Dire que notre collègue est passé à côté d’un grand roman ne serait certainement pas une leçon à donner, l’accuser de ne rien connaître aux antres du polar serait faire preuve d’un consternant manque d’humilité. Quant à pourfendre ses talents de critique alors même que je mollardais la semaine passée, et avec épaisseur, sur le dernier Palahniuk, ce serait carrément me jeter moi-même aux piranhas. Alors quoi ?

Alors juste ceci : on ne peut pas avec moins de 1500 signes vouer aux gémonies un roman qui s’implique avec autant de justesse dans le discours politique actuel et les pratiques sociales qui en découlent (piqûre de rappel : Lorraine Connection raconte de l’intérieur, la reprise de Thomson Multimédia par la firme Daewoo et les exactions commises au plus haut niveau pour chasser le personnel hors des grilles de l’usine lorraine).

On peut le faire de l’autobiographie d’un Ministre de l’Intérieur qui a construit de toutes pièces un succès de librairie avec l’aide de ses communicants et d’une presse aux ordres - certains articles ne souffrent pas que l’on s’étende. S’épancher en 400 mots sur le ridicule d’un style, le romanesque fourbe d’un texte ou la pesanteur d’un propos quand Manotti rejoint le haut d’un panier au sommet duquel des écrivains tels que David Peace (pas moins) culminent, raturer d’un coup de bic ce que le polar français sort de mieux ces temps-ci en matière de lutte sociale, revenant ainsi à la racine même de son existence (pourquoi, comment les choses se détraquent, passant du général au particulier d’une colonne fait divers)… pardonnez-moi, mais comme on dit : c’est un peu court jeune homme.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Octobre 2006





CONTRE

Un roman vérité sur la reprise de Thomson Multimedia par Daewoo, en sous-mains de Matra. Un polar noir à vocation sociale a priori intéressant et au final bien décevant.



Les premières pages du livre sont franchement insupportables et il aura fallu toute la conscience professionnelle de votre serviteur pour en continuer la lecture !

On sent que Dominique Manotti fait des efforts pour restituer fidèlement l’atmosphère d’une chaîne de montage, mais le résultat est assez pénible. Qu’on en juge : "Clac, chuuu, le tapis avance, tête vide, les mains et les yeux travaillent seuls, clac, un, deux, trois, quatre, coup d’œil, clac, chuu, le visage d’Aïcha entre deux tubes, petite mine, vingt ans, devrait aller mieux, clac, un, t’allais mieux toi à vingt ans, deux, enceinte, plaquée, trois, mère alcoolique, violence, quatre, qui vivait déjà à tes crochets, coup d’œil, clac, chuu…"

Le style évolue par la suite pour devenir télégraphique. A base de phrases. Courtes. Pour ressentir les choses. Pour les vivre. Pour être dans l’ambiance. Ambiance tendue, ambiance de mort.

Rassurez-vous, ça s’améliore (un peu) à partir de la deuxième partie, qui devient lisible.

Malheureusement, on tombe alors dans le polar dans toute sa splendeur. On a droit à tout : les légionnaires sanguinaires, les politicards sans scrupule, les bourgeois forcément pervers qui aiment se faire des travelos, sans compter les descriptions précises pour faire plus vrai : "Elle le fait rentrer dans une pièce à vivre bien éclairée, minutieusement rangée, astiquée. Deux fenêtres, des murs blanc crème, un mobilier de bois clair. Sur le mur, face aux fenêtres, une photo panoramique de Venise, telle qu’on la voit quand on arrive par la mer, entre ciel et lagune, dans les tons bleus et roses, les lumières de certains matins de septembre. Une trouée dans la vie." (et poétesse avec ça !)

Quant au fond, l’auteur croit bon de nous avertir au début de l’ouvrage : "Ceci est un roman. Tout est vérité, tout est mensonge". Or, c’est bien ça le problème : on tombe tellement dans la caricature que plus rien n’est crédible.

Si vous voulez lire un bon roman sur la condition ouvrière, lisez plutôt Les vivants et les morts de Gérard Mordillat qui, bien qu’étant un "pur" roman, est paradoxalement plus authentique et émouvant.


Thibault Dablemont
© Jowebzine.com - Septembre 2006
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés