Seuls
est un court roman sur le pouvoir des mots. Les mots que l'on
écrit, mais surtout les mots que l'on dit. Ou que l'on
ne dit pas.
Ces mots, Tony ne les a jamais dits à Pauline. Pauline
qu'il connaît depuis toujours, qu'il aime depuis toujours…
en secret. Tony a connu des femmes, jamais longtemps, et Pauline
a connu des hommes, nombreux. Pourtant, c'est toujours vers
Tony qu'elle est revenue. Mais "elle ne l'a jamais vu comme
un homme, [elle l'a] vu comme un enfant, un père, un
frère toujours là pour [l']aider à [se]
redresser de [ses] chutes et des écarts [qu'elle] risquait
avec [elle] même, mais jamais comme lui, jamais [elle
ne l'a] vu lui, sa blessure, ni regardé en face cette
douleur, ce mal [qu'elle lui faisait]."
Sur cette situation banale entre toutes, Laurent Mauvignier bâti
un récit subtile qui explore, par narrateurs interposés
(le père de Tony, l'homme que Pauline aime), la souffrance
d'un jeune homme qui s'enferme dans son incapacité à
communiquer avec celle qu'il aime, à dépasser la "comédie"
de l'amitié pour aller vers les mots de la délivrance.
Pas de conversations ou de descriptions inutiles chez Mauvignier.
Dans un style oral extrêmement littéraire, il fait
intervenir, tour à tour, les proches du "couple
impossible". Et les fragments de vérité,
de témoignages, de sentiments, d'impressions, mis bout
à bout, constituent une bouleversante et intemporelle
peinture du cœur de l'amoureux(se) éconduit(e).
Pauline, Tony, son père… Les personnages de Laurent
Mauvignier sont bien seuls en effet dans leur vie comme dans
leurs longs monologues angoissés. Il y a pourtant de
l'amour dans ces relations, mais un amour qui est toujours étouffé
par le non dit. Jusqu'à transformer cette expression
en réalité tragique !