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SEXE ET DEPENDANCES
Stephen McCAULEY

Traduit de l’anglais
par Françoise Jaouën

Flammarion - 314 pages
La comédie est un art majeur dans lequel McCauley excelle : Sexe et dépendance est un roman ironique et émouvant.


Avec le temps, nous parviennent des Etats-Unis des œuvres qui font écho à l’Amérique post-11 septembre 2001. Alors que nous venons d’en "célébrer" le cinquième anniversaire, il s’avère que pour la plupart des écrivains, il y a bel et bien un avant et un après.

Le point de vue de Stephen McCauley est assez intéressant sur ce sujet : il montre que la plupart des Américains ont été profondément secoués par ce séisme et qu’ils ont désiré modifier leur existence et si possible l’améliorer. Il montre également le décalage entre la volonté de changer et le principe de réalité. Autrement dit, passés les premiers mois où l’on a la volonté de tout bouleverser dans son existence, on se rend compte qu’on ne peut pas changer du tout au tout.

Par ailleurs McCauley montre comment la fureur collective qui a pris les Etats-Unis face à cette attaque a été canalisée par les politiciens. Cette fureur est devenue rage et a permis à Bush de mener sa guerre en Irak, avec l’appui de ses concitoyens qui trouvaient là un dérivatif à leur impuissance.

Mais Stephen McCauley reste l’admirable auteur qui nous livre de délicieux romans dans lesquels nous voyons des personnages se tromper systématiquement sur leurs désirs et s’enferrer dans leurs erreurs, pour ne pas voir ce qui est aussi évident que le nez au milieu de la figure : on n’aime jamais la bonne personne au bon moment.

Pareil en cela aux quatre romans déjà publiés dans nos contrées, Sexe et dépendances est une comédie des erreurs où les personnages sont aveuglés par leur amour-propre. Cela pourrait être un roman Victorien écrit par Jane Austen, mais les héros, lorsqu’ils sont homosexuels, ne nous cachent pas la moindre de leurs pulsions.

Le titre français fait allusion à la profession du narrateur, qui est agent immobilier. Le titre original (Alternatives to sex) fait allusion à la problématique qui est celle de William Collins, le narrateur. Agent immobilier le jour, Collins, dès la nuit tombée, se rue sur des sites de rencontre homo sur le Net et passe de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel, de partenaire sexuel en partenaire sexuel.

Cette compulsion lui permet de se sentir vivant, mais il décide de se recadrer et d’abandonner ce priapisme des rencontres pour se recentrer sur sa vie intérieure. C’est décidé. Plutôt que de passer d’un corps à l’autre, il va rester chez lui le soir et lire Les mandarins de Simone De Beauvoir.

Mais que c’est difficile et que les tentations sont nombreuses ! William Collins compense sa frustration en se servant de son travail pour s’immiscer dans la vie des gens qui vendent ou cherchent des appartements.

L’écriture de Stephen McCauley a évolué. Elle s’est morcelée car le monde qu’il doit saisir est plus difficile à appréhender. Son roman est certes drôle, mais la solitude et la peur de vieillir s’y font plus présentes. Il donne l’impression d’être plus volatil alors que le désespoir occupe une grande place.

C’est décidément tout un art de rire pour ne pas pleurer.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Septembre 2006
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