La
comédie est un art majeur dans lequel McCauley excelle : Sexe
et dépendance est un roman ironique et émouvant.
Avec le temps, nous parviennent des Etats-Unis des œuvres qui
font écho à l’Amérique post-11 septembre
2001. Alors que nous venons d’en "célébrer"
le cinquième anniversaire, il s’avère que pour
la plupart des écrivains, il y a bel et bien un avant et un
après.
Le point de vue de Stephen McCauley est assez intéressant sur
ce sujet : il montre que la plupart des Américains ont été
profondément secoués par ce séisme et qu’ils
ont désiré modifier leur existence et si possible l’améliorer.
Il montre également le décalage entre la volonté
de changer et le principe de réalité. Autrement dit,
passés les premiers mois où l’on a la volonté
de tout bouleverser dans son existence, on se rend compte qu’on
ne peut pas changer du tout au tout.
Par ailleurs McCauley montre comment la fureur collective qui a pris
les Etats-Unis face à cette attaque a été canalisée
par les politiciens. Cette fureur est devenue rage et a permis à
Bush de mener sa guerre en Irak, avec l’appui de ses concitoyens
qui trouvaient là un dérivatif à leur impuissance.
Mais Stephen McCauley reste l’admirable auteur qui nous livre
de délicieux romans dans lesquels nous voyons des personnages
se tromper systématiquement sur leurs désirs et s’enferrer
dans leurs erreurs, pour ne pas voir ce qui est aussi évident
que le nez au milieu de la figure : on n’aime jamais la bonne
personne au bon moment.
Pareil en cela aux quatre romans déjà publiés
dans nos contrées, Sexe et dépendances est une comédie
des erreurs où les personnages sont aveuglés par leur
amour-propre. Cela pourrait être un roman Victorien écrit
par Jane Austen, mais les héros, lorsqu’ils sont homosexuels,
ne nous cachent pas la moindre de leurs pulsions.
Le titre français fait allusion à la profession du narrateur,
qui est agent immobilier. Le titre original (Alternatives to sex)
fait allusion à la problématique qui est celle de William
Collins, le narrateur. Agent immobilier le jour, Collins, dès
la nuit tombée, se rue sur des sites de rencontre homo sur
le Net et passe de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel,
de partenaire sexuel en partenaire sexuel.
Cette compulsion lui permet de se sentir vivant, mais il décide
de se recadrer et d’abandonner ce priapisme des rencontres pour
se recentrer sur sa vie intérieure. C’est décidé.
Plutôt que de passer d’un corps à l’autre,
il va rester chez lui le soir et lire Les mandarins de Simone De Beauvoir.
Mais que c’est difficile et que les tentations sont nombreuses
! William Collins compense sa frustration en se servant de son travail
pour s’immiscer dans la vie des gens qui vendent ou cherchent
des appartements.
L’écriture de Stephen McCauley a évolué.
Elle s’est morcelée car le monde qu’il doit saisir
est plus difficile à appréhender. Son roman est certes
drôle, mais la solitude et la peur de vieillir s’y font
plus présentes. Il donne l’impression d’être
plus volatil alors que le désespoir occupe une grande place.
C’est décidément tout un art de rire pour ne pas
pleurer.