Avec
son écriture faussement légère, malicieuse et
ironique, Arezki Mellal parvient en réalité - au travers
de ce court roman sur l’Algérie des années 90
- à bouleverser profondément et durablement le lecteur.
Solitaire forcené, il ne s’est jamais senti libre : sa
mère le mène au chantage affectif, et, en prévision
de sa disparition prochaine, lui met une femme dans les bras, une
femme qu’il ne veut pas.
Il se rendra pourtant compte qu’il est surtout prisonnier des
intégristes.
Au départ, il les prend avec une certaine ironie, comme un
dysfonctionnement de plus dans ce pays où la bureaucratie est
caricaturale : ils le gênent dans sa vie quotidienne en l’empêchant
d’être dans les rues à l’heure de la prière,
de recevoir sa maîtresse, ou tout simplement de boire un verre.
Mais il devra bientôt comprendre que rien n’arrête
l’incroyable et effroyable violence des islamistes, pas même
les militaires.
"Un assassin se fait surnommer "le Menuisier" parce
qu’il découpe ses victimes avec une vieille scie à
bois rouillée car, disent-ils, plus la victime souffre et plus
elle a des chances d’aller au paradis. Et la mission des fous
de Dieu est de nous envoyer au paradis."
Que faire ? Partir, renoncer à occuper le terrain, et conserver
la vie ? Ou rester, résister en continuant à vivre le
plus normalement possible, et se mettre par ce seul fait en danger
?
"Comment (…) expliquer que ce n’est pas de l’indifférence,
que jouer aux dominos, aller à la plage, aller à l’école
avec tous les morts tous les jours, c’est ça qui fait
enrager les terroristes."
Comment vivre en effet dans un pays où il est devenu interdit
de vivre ?