Un
jeune homme vient de passer une semaine de vacances dans un
camping. Les congés dété viennent
de se terminer, mais il décide de rester une semaine
supplémentaire. Ensuite, il a prévu de partir
traverser lInde en moto. Le patron du camping lui demande
deffectuer quelques travaux manuels avant son départ.
Tel est le point de départ de Sur le départ, un
des romans les plus bizarres que jaie lu ces derniers
temps. Un roman où le temps qui passe ressemble autant
à un étouffement quà un enlisement.
Lauteur, Magnus Mills, est né en 1954 et a été
conducteur de bus à Londres. Il faut croire quil
sagit là dune expérience Kafkaïenne
puisque son précédent roman (Retenir les bêtes)
et celui-ci montrent des hommes piégés par un
labeur absurde et objets de rapports de force qui ne tournent
guère à leur avantage. En effet, cest déroutant
et stimulant à la fois. Je ne vois pas dautre comparaison
possible que Kafka ou Samuel Beckett. On parle, mais on ne se
comprend pas. Les rapports humains sont teintés dabsurde
et de désespoir.
En même temps, Magnus Mills excelle à dépeindre
lexistence quotidienne dans des trous paumés au
cur du Royaume-Uni. Ces trous paumés, où
chacun connaît son voisin et ses habitudes. Une épicerie,
un ou deux pubs, voilà tout le décor ! Dans ce
roman, comme dans le précédent, aller boire un
verre le soir au pub devient en quelque sorte lapothéose
de son emploi du temps et des liens quon tisse dans une
communauté donnée. Ici le personnage principal
joue aux fléchettes comme Indiana Jones partant en quête
de trésors mystérieux.
Retenir les bêtes était un roman ponctué
de violence et qui se terminait de façon cruelle. Dans
Sur le départ, tout est étouffé, mais la
menace demeure présente. Lhomme est fait pour être
lesclave de son proche et toute tentative de rapprochement
auprès du sexe féminin est improbable.
Non, décidément, si jai un conseil à
vous donner, cest de dire bonjour au chauffeur du bus
que vous prenez tous les jours. Dites-lui bonjour et souriez-lui.
Si cet homme ressemble à Magnus Mills, il est sûrement
dangereux, ou fou à lier.