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LES VIVANTS ET LES MORTS
Gérard MORDILLAT

Calmann-Lévy - 658 pages
Quelque part dans l’est de la France, une usine va fermer. Inéluctable, disent les dirigeants. Faux, s’insurgent les ouvriers ! C’est cette lutte pour survivre que nous fait vivre avec passion Gérard Mordillat.


Réalisateur, acteur, scénariste, écrivain… qu’on se le dise, Gérard Mordillat n’est pas cataloguable facilement. Touche-à-tout passionné (et passionnant), au cinéma il a réalisé, entre autres, Vive la sociale ! (Prix Jean Vigo - 1983), Billy-ze Kick (1985) ou Fucking Fernand (1987). À la télévision, on lui doit notamment les excellents Corpus Christi : Judas et L’Origine du christianisme (coréalisés avec Jérôme Prieur - 1997 et 2003). Et l’on ne compte plus ses essais, enquêtes et romans publiés depuis une bonne vingtaine d’année.

Sans affiliation à un quelconque parti, Gérard Mordillat n’en a pas moins, depuis toujours, manifesté son engagement à gauche dans un combat politique affirmé. Et c’est une forme de cet engagement qu’exprime aujourd’hui Les vivants et les morts, son nouveau roman. En décrivant de l’intérieur les mécanismes économiques et les conséquences sociales et humaines de la rentabilité à tout prix, de la fermeture d’usine et de la délocalisation, il appuie la où ça fait mal.

Et où ça fait mal, en l’occurrence, c’est à Raussel, petite ville de l’est de la France qui ne vit que grâce à la Kos, l’usine de plasturgie qui emploie l’essentiel des salariés de la région. La Kos revient de loin. Les inondations de l’hiver passé ont bien failli lui être fatales. Pourtant, la mobilisation des ouvriers dans un premier temps, puis de toutes les bonnes volontés ont permis de relever le défi : en moins de trois semaines, les machines tournaient à nouveau à plein régime. Mais six mois plus tard, rien ne va plus : l’usine est en difficulté et une première vague de licenciements est décidée. Ceux de la Kos viennent d’entrer dans un engrenage infernal…

À travers la vie d’une cinquantaine d’hommes et de femmes (dirigeants, ouvriers, famille…) Gérard Mordillat décortique minutieusement le processus de liquidation de l’activité de la Kos et de tous ceux qui en vivaient.

À la fois œuvre pédagogique et passionnant roman épique, Les vivants et les morts s’inscrit comme une sorte de Germinal moderne aux personnages aussi attachants que ceux de Zola. Maheu, Étienne et Catherine se nomment ici Lorquin, Rudi et Dallas ; le carreau de la mine est remplacé par l’usine… mais pour le reste, rien de nouveau sous le soleil. La même lutte âpre pour survivre et conserver sa dignité.

Dans un style fluide construit autour de dialogues omniprésents qui permettent une narration vivante, au plus près des protagonistes, Les vivants et les morts est un grand roman "politique". De ceux qui éclairent une époque, qui portent la parole confisquée aux petites gens et donnent à comprendre que, quoi qu’en disent certains, la lutte des classes n’a pas disparu avec l’avènement médiatique du MEDEF.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Mai 2005
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