Harry
Mulisch est un auteur néerlandais de 75 ans, reconnu
en Europe comme aux Etats-Unis, mais à qui la France
naccorde pas la place quil mérite. Son livre
Lattentat a eu du succès en 1984. Il a été
soutenu par Actes Sud, un de ses premiers éditeurs français.
Depuis 1999 et La découverte du ciel (un bon succès
de bouche à oreille) il est édité par Gallimard.
En fait, son originalité est un peu rédhibitoire
pour nos discours formatés. Mulisch allie un sens du
romanesque peu commun, un sens poétique aigu et une érudition
qui frise parfois le discours abscons. Il allie le sens de lhumour
et le fait de se prendre imperturbablement au sérieux.
Siegfried, une idylle noire, se situe à la croisée
des chemins et des critiques que lon peut faire à
un auteur qui est un grand écrivain.
Rudolf Herter, le personnage principal de Siegfried est un double
de lauteur. En visite à Vienne, il trimballe ses
réflexions profondes et son statut de célébrité
quon interviewe et encense à tour de bras. Il est
vieux et son rôle de conscience morale lui pèse,
bien quil en retire des avantages. Lors dun entretien
télévisé, il annonce travailler sur Hitler
qui, pour lui, représente lénigme absolue
à laquelle sa vie a dû saffronter. Ces soixante
premières pages sont décourageantes par la componction
qui les anime. On a envie de dire à lauteur de
se détendre. Certes, il est brillant, mais comme tous
les gens brillants, il lui arrive dêtre saoulant.
Lors dune conférence, Rudolf Herter rencontre un
couple de retraités qui demande à le rencontrer.
Il savère que ces deux vieillards ont été
domestiques au Berghof, le nid daigles dAdolf Hitler
et quils sont dépositaires dun incroyable
secret. Toutes les pages consacrées à ce récit
sont fabuleuses. Mulisch nous entraîne dans lintimité
de Hitler et dEva Braun, de manière prenante. On
retrouve là un des plus grands narrateurs qui soit. Une
réflexion sur le mal et la responsabilité individuelle
ou collective. Quel dommage que le récit ne sachève
pas là et que lon doive revenir aux états
dâme de Rudolf Herter qui nous font décrocher,
bailler, dormir et terminer une lecture en pointillé.
Du coup, cest le principe du verre à moitié
plein ou à moitié vide. Ce qui est bon est vraiment
bon, mais ce qui est ennuyeux est vraiment ennuyeux. Cela dit,
il est évident que les pensées de Mulisch sont
brillantes et stimulantes pour lesprit. Peut-être
vaut-il mieux se barber avec lui que samuser avec un de
ces nombreux petits-maîtres dont la France a lexclusivité.
Pour citer en les déformant, les propos de Desproges
: "On peut sennuyer de tout, mais on ne peut pas
sennuyer avec nimporte qui."