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     LiVReS
 
SIEGFRIED
Harry MULISCH

Traduit du néerlandais
par Anita Concas

Gallimard - 192 pages
Harry Mulisch est un auteur néerlandais de 75 ans, reconnu en Europe comme aux Etats-Unis, mais à qui la France n’accorde pas la place qu’il mérite. Son livre L’attentat a eu du succès en 1984. Il a été soutenu par Actes Sud, un de ses premiers éditeurs français. Depuis 1999 et La découverte du ciel (un bon succès de bouche à oreille) il est édité par Gallimard. En fait, son originalité est un peu rédhibitoire pour nos discours formatés. Mulisch allie un sens du romanesque peu commun, un sens poétique aigu et une érudition qui frise parfois le discours abscons. Il allie le sens de l’humour et le fait de se prendre imperturbablement au sérieux. Siegfried, une idylle noire, se situe à la croisée des chemins et des critiques que l’on peut faire à un auteur qui est un grand écrivain.

Rudolf Herter, le personnage principal de Siegfried est un double de l’auteur. En visite à Vienne, il trimballe ses réflexions profondes et son statut de célébrité qu’on interviewe et encense à tour de bras. Il est vieux et son rôle de conscience morale lui pèse, bien qu’il en retire des avantages. Lors d’un entretien télévisé, il annonce travailler sur Hitler qui, pour lui, représente l’énigme absolue à laquelle sa vie a dû s’affronter. Ces soixante premières pages sont décourageantes par la componction qui les anime. On a envie de dire à l’auteur de se détendre. Certes, il est brillant, mais comme tous les gens brillants, il lui arrive d’être saoulant.

Lors d’une conférence, Rudolf Herter rencontre un couple de retraités qui demande à le rencontrer. Il s’avère que ces deux vieillards ont été domestiques au Berghof, le nid d’aigles d’Adolf Hitler et qu’ils sont dépositaires d’un incroyable secret. Toutes les pages consacrées à ce récit sont fabuleuses. Mulisch nous entraîne dans l’intimité de Hitler et d’Eva Braun, de manière prenante. On retrouve là un des plus grands narrateurs qui soit. Une réflexion sur le mal et la responsabilité individuelle ou collective. Quel dommage que le récit ne s’achève pas là et que l’on doive revenir aux états d’âme de Rudolf Herter qui nous font décrocher, bailler, dormir et terminer une lecture en pointillé.

Du coup, c’est le principe du verre à moitié plein ou à moitié vide. Ce qui est bon est vraiment bon, mais ce qui est ennuyeux est vraiment ennuyeux. Cela dit, il est évident que les pensées de Mulisch sont brillantes et stimulantes pour l’esprit. Peut-être vaut-il mieux se barber avec lui que s’amuser avec un de ces nombreux petits-maîtres dont la France a l’exclusivité. Pour citer en les déformant, les propos de Desproges : "On peut s’ennuyer de tout, mais on ne peut pas s’ennuyer avec n’importe qui."


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mars 2003
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