Une
nouvelle fois, le romancier japonais Murakami s’impose comme
l’un des plus grands écrivains contemporains. Il nous
offre un roman dans lequel il aborde des thèmes osés
dans une langue d’une pureté poétique sans faille.
Kafka Tamura a quinze ans et décide de fuguer. Son père
a lancé une malédiction sur lui et il doit tout faire
pour que cette malédiction ne se réalise pas. Kafka
est un jeune garçon dont la mère et la sœur ont
disparu quand il était encore enfant. Il s’est forgé
tout seul, mais il est à l’âge où l’on
doit trouver son chemin.
Nakata est un homme de soixante ans, simple d’esprit depuis
qu’il a été dans le coma pendant plusieurs semaines
alors qu’il avait huit ans. Nakata vit d’une pension d’invalidité
et passe son temps à rechercher les chats du voisinage qui
se sont égarés. À cette occasion, il croise un
personnage terrible qui le provoque. Il résulte de cette rencontre
que Nakata ne peut plus rester dans son quartier. Il doit partir vers
une destination mystérieuse.
Le roman de Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, suit le parcours
de ces deux personnages grâce à des chapitres alternés.
Ce qui pourrait passer pour un road-movie ne tarde pas à devenir
un conte initiatique.
Murakami nous livre un roman d’apprentissage dans lequel les
principaux personnages trouvent un sens à leur vie, après
avoir vécu des aventures qui flirtent avec l’imaginaire
le plus débridé. Des poissons ou des sangsues tombent
du ciel. On découvre des villes étranges au fond des
forêts obscures. On découvre également le sens
de l’amitié et le goût sucré-salé
de l’amour et du sexe.
Murakami est d’autant plus un grand écrivain qu’il
n’explique rien. Il se contente de raconter. Et l’univers
décrit par sa narration palpite de vérité alors
qu’il plonge dans les racines profondes de l’imaginaire
japonais. Cet univers que nous avons appris à connaître
avec les dessins animés de Miyazaki et les nombreuses histoires
de fantômes qui parsèment l’univers d’âmes
errantes.
Ce gros roman est un livre-monde dans lequel on s’immerge volontiers.
Cela ressemble à apprendre à nager. Au tout début
les mouvements sont désordonnés et on se demande si
on ne va pas s’essouffler. Puis on prend le rythme et on se
rend compte qu’on n’a aucune envie de sortir de l’eau.
Tout est passionnant dans ce livre : les nombreuses réflexions
sur l’art, la sensualité vibrante du jeune homme, les
seconds plans, les à-côtés. Le parcours initiatique
modifie immanquablement l’existence de Kafka comme celle de
Nakata. Mais, nous-autres, lecteurs ne sommes pas en reste. Nous sortons
modifiés de ce roman, sans doute plus enclins à arpenter
les territoires de l’imaginaire, sans pour autant sacrifier
les méandres du réel.