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LA NEF DES FOUS
Gregory NORMINTON

Traduit de l’anglais par André Zavriew

Grasset - 352 pages
La nef des fous est le premier roman de Grégory Norminton. Inspiré d’un tableau de Jerome Bosch (1450-1516) reproduit sur la couverture du livre. On y voit un fou, un moine, un nageur, une nonne, une buveuse, un ivrogne repentant, des choristes, un ivrogne endormi et un glouton. s’y agiter sur un bateau immobile.

Tous ces personnages racontent une histoire, les uns à la suite des autres. Ces histoires à chaque fois différentes sont là pour susciter l’intérêt et pour conjurer la mort. Elles donnent l’impression que si l’un d’eux cessait de raconter, la mort prendrait l’ensemble des personnages.

Toutes ces histoires donnent à Norminton l’occasion de montrer son énorme talent. L’une des histoires est un hommage à Rabelais (l’histoire de la géante Belcula dont l’appétit en matière de sexe et de nourriture est sans limites). Les autres histoires peuvent faire penser à Borges ou à Umberto Ecco. On y trouve des contes de fée ou des métaphores philosophiques. On y trouve du scatologique, du scabreux et du sublime. Et l’un des charmes de ce roman est de passer d’un registre à l’autre.

Une des plus belles histoires est le conte de l’ivrogne repentant. Un jeune garçon rêve de faire partie d’une confrérie de sept sages, appelée les Frères. Il réussit à entrer en initiation dans le lieu où ils vivent reclus, une tour aussi vaste et étendue que la tour de Babel, mais tenant debout. Il se rend cependant compte que le savoir des sept sages ne repose sur rien ou sur la tromperie à l’égard des autres. Il ne tarde pas à se rebeller contre eux, ce qui le met en danger de mort.

Norminton est un jeune homme de 25 ans. Il a dû grandir dans une bibliothèque et téter l’Iliade, l’Odyssée autant que le sein de sa mère. Son savoir est encyclopédique, mais jamais pédant. Il fait preuve d’une force d’invention qui nous laisse stupéfaits. Nous sommes loin de nos frileux romans français où l’on se gratte le moi pour y trouver la pierre philosophale. Ici l’imagination est un torrent qui nous emporte sur son passage. La connaissance des cultures n’a d’autre but que le partage.

En fait, et la sensation est rare, ce livre s’adresse aux personnes qui aiment la littérature et le savoir. Et, pour citer Nietzsche, il s’agit certainement du Gai Savoir.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Octobre 2002
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