Qu'on
l'admire ou qu'elle agace, chaque nouveau roman d'Amélie
Nothomb est un petit événement, et le cru 2004
ne déroge pas à la règle.
Difficile d’être objectif avec Amélie Nothomb.
Cette puissante écrivaine nous ravit, avec cette fois
un pas de plus vers l’essence de son écriture.
Elle a une faculté à transformer sa vie en roman.
Michel Polac dit d’elle qu’elle présente
des signes autistiques. Certes, elle est fantasque, mais sa
folie douce anime le récit de sa vie dans Biographie
de la faim. Elle est aussi profondément humaine.
Son père est diplomate et emmène sa famille vivre
tour à tour au Japon, en Chine, aux Etats-Unis, au Bengladesh,
en Birmanie et au Laos. Le temps tout de même d’une
belle confrontation avec le monde. Elle y rencontre la misère,
la dictature et les régimes militaires. Le Japon ne cessera
de lui manquer, passage de sa vie largement narré dans
Stupeurs et Tremblements, adapté au cinéma.
Enfant, Amélie souffre de potomanie, de boulimie, d’alcoolisme
puis d’anorexie. Souffre-t-elle ? Lorsqu’elle décrit
ses pulsions et ensuite son bonheur absolu d’absorber
pour elle l’éternité, on pense plutôt
à une épicurienne.
Elle est aussi une grande amoureuse, plutôt de femmes.
A New York elle se rend à un spectacle d’une danseuse
célèbre, Susan Farrel, et tombe sous le charme
de cette femme au point d’assister à toutes ses
représentations. Elle va même jusqu’à
l’attendre dans les coulisses pour lui acheter ses chaussons
que Susan Farrell se charge de lui offrir. C’est ainsi
qu’Amélie Nothomb devient la risée des ses
camarades en venant à l’école avec ses ballerines.
Jusqu’à douze ans, elle pensait qu’elle était
Dieu et vivait donc tout dans son absolu. Le charme se rompt
à partir de ce moment, elle ne peut plus échapper
au réel : "Des pans de néant occupaient ma
tête. Ils y sont restés."