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     LiVReS
 
LE SABOT DU DIABLE
Kem NUNN

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Jean Esch

Gallimard - 410 pages
Troisième roman de Kem Nunn et confirmation de l'immense talent de cet auteur qui associe style somptueux et sens inné de la narration. Magistral.


Ancienne star de la photographie de surf, Flechter, n’est plus rien aujourd’hui. Le coup de fil au milieu de la nuit de son ancien patron, sec et sans chaleur, le tire de sa torpeur alcoolisée… "Le fait que Michael Peter l’appelle à la mi-septembre, au moment d’un tel déclin, pour lui offrir un boulot en or - Drew Harmon et Heart Attacks -, c’était comme un coup de tonnerre, un truc à peine croyable, car l’un et l’autre étaient de l’étoffe dont on fait les légendes. Le premier était le vieux lion, le Saint-Esprit du surf professionnel. La deuxième était la plus grande vague de Californie, le dernier spot secret. On disait qu’il fallait franchir un territoire indien pour y accéder : une pointe rocheuse quelque part au sud de la frontière avec l’Oregon, où Heart Attacks était le nom donné à un reef apparent, capable de produire des vagues qui dépassaient les dix mètres. Aucune route n’y conduisait. On disait qu’il fallait risquer sa peau rien que pour y arriver". Harmon veut reprendre le surf, il a trouvé la vague et exigé que ce soit Fletcher qui le flashe. Fletcher s’y rend, aidé de deux acolytes. Rien ne sera simple, on sera loin du compte de fées et des surfeurs bronzés sur des plages de sable fin…

"Parce que les surfeurs aimaient les histoires. Les grosses vagues et les hors-la-loi. Les excentriques qui avaient réussi, d’une manière quelconque, à vaincre le système, à rester au contact de la vie, alors que d’autres s’installaient à l’intérieur des terres et payaient des impôts". Ce troisième roman de Kem Nunn est l’archétype du roman noir réussi. Loin des clichés du surf, l’auteur nous emmène certes à la recherche de la vague mythique, mais ce n’est pas tout. Héros tourmentés, conditions de vie difficiles pour les Indiens parqués dans les réserves, personnages au bout du rouleau, écriture somptueuse, traque pas ordinaire sur la fin, pas une ligne de trop en 400 pages… Tout y est. On connaissait le talent de Kem Nunn par ses deux premiers livres (chez le même éditeur), il marque encore un grand coup avec ce roman magistral.


Christophe Dupuis
© Jowebzine.com - Décembre 2004
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