Troisième
roman de Kem Nunn et confirmation de l'immense talent de cet
auteur qui associe style somptueux et sens inné de la
narration. Magistral.
Ancienne star de la photographie de surf, Flechter, n’est
plus rien aujourd’hui. Le coup de fil au milieu de la
nuit de son ancien patron, sec et sans chaleur, le tire de sa
torpeur alcoolisée… "Le fait que Michael Peter
l’appelle à la mi-septembre, au moment d’un
tel déclin, pour lui offrir un boulot en or - Drew Harmon
et Heart Attacks -, c’était comme un coup de tonnerre,
un truc à peine croyable, car l’un et l’autre
étaient de l’étoffe dont on fait les légendes.
Le premier était le vieux lion, le Saint-Esprit du surf
professionnel. La deuxième était la plus grande
vague de Californie, le dernier spot secret. On disait qu’il
fallait franchir un territoire indien pour y accéder
: une pointe rocheuse quelque part au sud de la frontière
avec l’Oregon, où Heart Attacks était le
nom donné à un reef apparent, capable de produire
des vagues qui dépassaient les dix mètres. Aucune
route n’y conduisait. On disait qu’il fallait risquer
sa peau rien que pour y arriver". Harmon veut reprendre
le surf, il a trouvé la vague et exigé que ce
soit Fletcher qui le flashe. Fletcher s’y rend, aidé
de deux acolytes. Rien ne sera simple, on sera loin du compte
de fées et des surfeurs bronzés sur des plages
de sable fin…
"Parce que les surfeurs aimaient les histoires. Les grosses
vagues et les hors-la-loi. Les excentriques qui avaient réussi,
d’une manière quelconque, à vaincre le système,
à rester au contact de la vie, alors que d’autres
s’installaient à l’intérieur des terres
et payaient des impôts". Ce troisième roman
de Kem Nunn est l’archétype du roman noir réussi.
Loin des clichés du surf, l’auteur nous emmène
certes à la recherche de la vague mythique, mais ce n’est
pas tout. Héros tourmentés, conditions de vie
difficiles pour les Indiens parqués dans les réserves,
personnages au bout du rouleau, écriture somptueuse,
traque pas ordinaire sur la fin, pas une ligne de trop en 400
pages… Tout y est. On connaissait le talent de Kem Nunn
par ses deux premiers livres (chez le même éditeur),
il marque encore un grand coup avec ce roman magistral.