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LES HOMMES NE SONT PAS DES HEROS
Chris OFFUTT

Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Anne Wickle

Mercure de France - 256 pages
Chris Offutt s’interroge sur la notion de pays natal. Il faut absolument lire Les hommes ne sont pas des héros et découvrir un des plus grands auteurs de ce début de siècle. Une écriture simple et un ton ample.


No heroes, le dernier livre de Chris Offutt a été traduit par Les hommes ne sont pas des héros. Bien qu’il y ait écrit Roman sur la couverture, il s’agit d’un récit polyphonique où trois voix prennent successivement la parole.

En fait, il s’agit de tout autre chose qu’un roman. Il s’agit d’un essai autobiographique. Et tous nos écrivains français qui se tire-bouchonnent le moi, devraient en prendre de la graine. Plus que de se regarder dans un miroir, il est question de se prendre non en exemple mais comme un exemple de la nature humaine.

Chris Offutt est écrivain. Il approche de la quarantaine. Marié à Rita, père de Sam et James, deux petits garçons, il décide de revenir enseigner dans l’état dont il est originaire, le Kentucky. Un Etat avec lequel il entretient des rapports d’amour et de haine. Amour pour la nature et surtout la forêt. Haine pour l’esprit étroit qui domine ce coin d’Amérique profonde.

Il va donc raconter les étapes de son retour au pays. Mais son récit ne se cantonne pas à la narration quotidienne d’un retour aux sources.

Les parents de Rita, Arthur et Irène, sont des juifs européens ayant vécu la seconde guerre mondiale avant d’émigrer aux Etats-Unis. Pour Chris Offutt, ils vont faire ce qu’ils n’ont jamais voulu faire, décrire ce qu’ils ont vécu et tu depuis plus de quarante ans.

Et donc, ce livre devient une méditation sur l’endroit d’où l’on vient. "Le pays, le chez-soi, c’est un sentiment, rien de plus. Chez soi, c’est une illusion, c’est comme l’amour, ca finit par disparaître. Dès que vous partez, vous devenez un étranger. J’ai perdu mon chez-moi et c’est pour toujours." Ainsi parle Arthur.

Chris Offutt a publié plusieurs recueils de nouvelles, qui nous ont fait découvrir un auteur à la voix pure, cristalline, installant le Kentucky parmi les espaces mythiques qui accompagnent nos rêves. Dans ce récit, il passe à la vitesse supérieure et nous touche au cœur parce qu’il part de son histoire et celle de ses proches pour aboutir à une méditation sur la condition humaine.

Évidemment, ce livre n’est pas l‘idéal dans le genre lecture de vacances. Je vous déconseille de l’amener sur la plage ou de le lire avant une soirée entre amis. Mais bon, les vacances ne durent qu’un temps… Et ce livre, quand vous l’aurez lu, il vous appartiendra, fera partie de votre patrimoine. En ces temps de guerre et de chaos, il a une manière douce qui n’appartient qu’à son auteur d’énoncer des vérités dures, bonnes à entendre.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Juin 2004
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