Chris
Offutt s’interroge sur la notion de pays natal. Il faut
absolument lire Les hommes ne sont pas des héros et découvrir
un des plus grands auteurs de ce début de siècle.
Une écriture simple et un ton ample.
No heroes, le dernier livre de Chris Offutt a été
traduit par Les hommes ne sont pas des héros. Bien qu’il
y ait écrit Roman sur la couverture, il s’agit
d’un récit polyphonique où trois voix prennent
successivement la parole.
En fait, il s’agit de tout autre chose qu’un roman.
Il s’agit d’un essai autobiographique. Et tous nos
écrivains français qui se tire-bouchonnent le
moi, devraient en prendre de la graine. Plus que de se regarder
dans un miroir, il est question de se prendre non en exemple
mais comme un exemple de la nature humaine.
Chris Offutt est écrivain. Il approche de la quarantaine.
Marié à Rita, père de Sam et James, deux
petits garçons, il décide de revenir enseigner
dans l’état dont il est originaire, le Kentucky.
Un Etat avec lequel il entretient des rapports d’amour
et de haine. Amour pour la nature et surtout la forêt.
Haine pour l’esprit étroit qui domine ce coin d’Amérique
profonde.
Il va donc raconter les étapes de son retour au pays.
Mais son récit ne se cantonne pas à la narration
quotidienne d’un retour aux sources.
Les parents de Rita, Arthur et Irène, sont des juifs
européens ayant vécu la seconde guerre mondiale
avant d’émigrer aux Etats-Unis. Pour Chris Offutt,
ils vont faire ce qu’ils n’ont jamais voulu faire,
décrire ce qu’ils ont vécu et tu depuis
plus de quarante ans.
Et donc, ce livre devient une méditation sur l’endroit
d’où l’on vient. "Le pays, le chez-soi,
c’est un sentiment, rien de plus. Chez soi, c’est
une illusion, c’est comme l’amour, ca finit par
disparaître. Dès que vous partez, vous devenez
un étranger. J’ai perdu mon chez-moi et c’est
pour toujours." Ainsi parle Arthur.
Chris Offutt a publié plusieurs recueils de nouvelles,
qui nous ont fait découvrir un auteur à la voix
pure, cristalline, installant le Kentucky parmi les espaces
mythiques qui accompagnent nos rêves. Dans ce récit,
il passe à la vitesse supérieure et nous touche
au cœur parce qu’il part de son histoire et celle
de ses proches pour aboutir à une méditation sur
la condition humaine.
Évidemment, ce livre n’est pas l‘idéal
dans le genre lecture de vacances. Je vous déconseille
de l’amener sur la plage ou de le lire avant une soirée
entre amis. Mais bon, les vacances ne durent qu’un temps…
Et ce livre, quand vous l’aurez lu, il vous appartiendra,
fera partie de votre patrimoine. En ces temps de guerre et de
chaos, il a une manière douce qui n’appartient
qu’à son auteur d’énoncer des vérités
dures, bonnes à entendre.