Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Nicolas Richard
Editions de l’Olivier - 334 pages
Stewart
O’Nan tresse un récit où l’imaginaire côtoie
le réel. Il rend hommage aux grands maîtres du fantastique
et réussit à nous bouleverser durablement.
Quelques articles ont paru pour saluer la parution du dernier roman
de Stewart O’Nan. Ils ont tous été élogieux,
mais pas aussi dithyrambiques qu’ils auraient dû l’être.
O’Nan est un écrivain américain qui s’approche
de la quarantaine. Il a déjà écrit pas mal d’œuvres,
toutes de constante qualité et peut-être n’est-il
pas évident de distinguer un de ses ouvrages plutôt qu’un
autre.
Cependant, Le pays des ténèbres est un roman d’une
puissance inouïe et qui a l’intelligence de marier une
description quasi clinique d’une petite ville de province et
de ses habitants et la prise de parole de fantômes (donc forces
de l’irrationnel) pour commenter le réel. Voilà
un roman où la lumière et l’ombre forment un seul
paysage.
Un an auparavant, dans une ville paisible du Connecticut et le jour
de la fête d’Halloween, a eu lieu un accident de voiture
qui a coûté la vie à trois adolescents, en a rendu
un autre déficient mental et a laissé la vie sauve à
un seul d’entre eux, Tim.
Un an plus tard, les trois fantômes de ceux qui sont morts commentent
le déroulement de la journée et la vie de ceux qui en
sont les rescapés. Brooks, le flic qui a assisté à
l’accident et dont la vie a été bousillée,
la maman de Kyle, le déficient mental, qui s’est consacré
à la survie de son fils, avec tout ce que cela implique de
renoncement personnel. Et Tim, qui feint de vivre, mais en a perdu
le goût et l’envie depuis que Danielle, sa petite amie,
son amour, est décédée dans l’accident.
Ce jour d’Halloween, qui est le jour de la narration, des choses
se trament. Les évènements se succèdent qui apporteront
une conclusion au drame de l’année précédente.
On trouve dans ce roman une profonde humanité, un regard compréhensif
sur les vies sans transcendance que nombre d’entre nous sont
amenés à connaître. On trouve aussi un humour
décapant car l’histoire n’est pas racontée
par un idiot comme dans un roman de Faulkner mais par trois sales
gosses adolescents qui n’apprécient pas des masses leur
situation de fantômes coincés dans la répétition
du réel.
O’Nan nous immerge dans une description intense d’êtres
déchirés et vus, suivis, soutenus par des fantômes
qui aiment plus que tout les ballades en voiture avec de la bière,
des pétards et de la musique à fond la caisse. Une fois
la lecture de son livre achevée, nous nous rendons compte en
tant que lecteurs combien nous nous sommes plongés dans l’univers
décrit, combien nous nous y sommes investis corps et âme.
Voilà donc ce qu’est Un pays de ténèbres
: un roman admirable, très bien traduit par Nicolas Richard,
dont la lecture vous bouleversera. Un roman qui décrit un univers
de fast-food et qui appartient à la grande littérature.