Un
thriller diablement efficace, où Jean-Hugues Oppel revient
sur l’élection présidentielle d’avril
2002 et démonte les rouages d’une incroyable manipulation.
Vous avez dit politique-fiction ?
Le 21 avril 2002 ? Vous vous souvenez ? Et bien repartez en
arrière, remontez le temps et étudiez ce qui s'est
passé en détail. Formulez quelques hypothèses,
suivez-les et décortiquez les faits par ce petit bout
de la lorgnette... Mettez côte à côte des
spécialistes en communication tous azimuts capable d'influencer
la presse afin de la rendre nauséeuse à souhait
sur le thème de l'insécurité. Prenez un
spécialiste de la manipulation et amenez-le à
travailler sur un vaste projet baptisé NEMROD qui consistera
à influencer quelqu'un du type : "Enfance. Niveau
d'études. Situation familiale. Situation sociale et financière.
Idées politiques. Idées religieuses. Profil psychologique.
Antécédents psychiatriques. Goût pour les
armes à feu. Aptitude à s'en servir." Imaginez
les conséquences politiques, pensez aux réseaux
souterrains, secouez, laissez agir et hop…
"L'équation est simple : le Champion peut perdre
face au Challenger. Face à n'importe quel autre adversaire,
le Champion l'emportera avec un résultat conforme à
la tradition - n'importe quel adversaire sauf un, le Tribun.
Face au Tribun, le Champion gagnera haut la main, dans un fauteuil
et les doigts dans le nez.
Le Champion sera réélu par un plébiscite
républicain destiné à sauver la patrie
menacée par la marée brune.
Conclusion, le Tribun doit être l'adversaire-surprise
qui arrivera en deuxième position au soir du premier
tour."
Et bien c'est ce qu'a magistralement fait Jean-Hugues Oppel.
Titre clin d'œil au grand James Ellroy, livre basé
sur la même théorie de politique-fiction et de
passage au crible de l'Histoire, c'est extrêmement efficace…
Tout est tristement plausible, les personnages bien trouvés
(bravo pour Goodwhile, Carvelle et Lerois : "Cette histoire
ne lui dit rien qui vaille. Quelle que soit la réponse
à sa question, Caïman Autorité s'attend à
des lendemains peu enchanteurs"), le rythme soutenu, c'est
du bel ouvrage… Et quand on sait qu'à chaque livre
Jean-Hugues Oppel se remet en question en changeant de thème
et de personnages, cela force encore plus le respect.