Troisième
roman de Martin Page, La libellule de ses huit ans explore,
avec férocité, l’univers de l’art
contemporain. Souvent pertinent et drôle.
Martin Page est de ces auteurs qui, irrésistiblement,
se sont créé une sorte de petite renommée
qui fait guetter leurs nouvelles publications ou rechercher
les plus anciennes. Un sens certain du titre "qui tue",
un style naturel et détaché, des histoires ancrées
dans la réalité la plus prosaïque dérivant
rapidement vers un "jusqu’au boutisme" loufoque,
mais toujours drôle… les ingrédients sont
connus, mais fonctionnent toujours avec la même efficacité.
Vincent Ravalec, par exemple, est de cette famille. Mais pour
en revenir à Page, à n’en pas douter, le
roman déclencheur du phénomène a été
Comment je suis devenu
stupide, son deuxième roman.
Publié deux plus tard, La libellule de ses huit ans s’attaque
au monde de l’art contemporain et au microcosme cupide
qui gravite autour. Héroïne malgré elle d’une
colossale supercherie artistique, Fio Regale se retrouve au
centre du maelström médiatico-financier qui la proclame
nouvelle artiste superstar sans que quiconque ait pu voir le
moindre centimètre carré de l'un ou l'autre de
ses tableaux.
Sans recherche stylistique particulière, mais avec une
aisance décomplexée souvent jubilatoire, Martin
Page s’en donne à cœur joie dans sa dénonciation
des mœurs de nos "peoples" préférés.
Vedette de la presse, critiques d’art, financiers, collectionneurs
et artistes eux-mêmes sont allègrement passés
à la moulinette sans que jamais l’on puisse reprocher
à Martin Page un populisme facile qui discréditerait
son propos. C’est au contraire toujours sur le ton humoristique
et dénué de réelle méchanceté
qu’il creuse son sillon.
On ne boudera donc pas son plaisir (mineur) en passant un peu
de temps avec Martin Page et ses romans sans prétention,
mais non dénués d’un certain intérêt…