ROUGE
SANG
Un indispensable travail de mémoire sur la dictature
Khmère rouge : 4 ans de folie sanguinaire, au delà
de l'imaginable.
17 avril 1975, les Khmers rouges prennent Phnom Penh, capitale
du Cambodge. Dès lors, et jusqu’en janvier 1979,
des hommes instruits, souvent formés à l’étranger,
vont faire entrer leur pays dans l’ère de la révolution
socialiste. Durant cette période, c’est un quart
de la population cambodgienne qui disparaît, près
de deux millions de vies, des hommes, des femmes, des enfants
et des vieillards qui vont mourir de faim, d’épuisement,
de maladie ou exécutés. La machine Khmère
rouge est impitoyable, tout est interdit : porter des lunettes,
briser une feuille, prononcer les mots manger, mari, femme,
ou encore mourir... Toute la société est réorganisée.
À sa tête le Frère numéro Un, le
maître absolu, Pol Pot. Ce dernier veut faire mieux, aller
plus loin que les Chinois et les Vietnamiens.
Monti Santésok, le bureau de sécurité S-21,
fut chargé de lutter contre l’ennemi du parti.
Situé à proximité de la capitale ce camp
de la mort a accueilli plus de 14 000 personnes qui furent torturées
et exécutées. Sept hommes ont survécu à
cet enfer. C’est leur témoignage qui est inscrit
dans ce livre. Rithy Panh est cinéaste, cet ouvrage est
tiré du film S-21, la machine de mort Khmère rouge,
produit par l’INA et ARTE. Durant plusieurs années
Rithy Panh a recueilli des témoignages, anciens gardiens
et anciens prisonniers se sont rencontrés, chacun essayant
de comprendre l’incompréhensible, tentant de mettre
des mots sur l’indicible. Leurs entretiens fournissent
l’essentiel de ce livre. Il m’est difficile de vous
rendre toute l’émotion qui transpire de ces lignes,
c’est un choc, une véritable leçon pour
les générations à venir.
Les enfants tuent deux prisoniers par jour
Le livre se divise en trois parties. Les protagonistes tout
d’abord. Les différents intervenants sont présentés,
ils témoignent de leur rôle au sein du camp, de
leur calvaire de prisonnier, les premières rencontres
sont ponctuées par les fantômes de chacun. On découvre
l’horreur d’un régime qui poussait les enfants
à tuer deux prisonniers par jour : "Ils prenaient
les détenus et leur mettaient des chaînes aux pieds
pour les conduire sur le lieu d’exécution. Une
fois dans le champ, les Khmers rouges demandaient aux enfants
de les frapper à mort. Deux par jour ! Mais les gamins
ne réussissaient jamais. Ils frappaient, ils frappaient,
mais ne parvenaient pas à tuer. Déçus et
énervés, ils appelaient les gardiens pour qu’ils
viennent les aider." (p.95)
Ensuite arrivent Les gestes, arrêter, interroger, humilier,
détruire, ordonner... Autant de gestes que chaque membre
du parti se devait d’exécuter à la lettre
sous peine d’être lui-même tué. "Il
est nécessaire de fortifier notre conscience contre l’ennemi.
Cette conscience c’est notre système nerveux. Il
faut être responsable devant le Parti de l’accomplissement
de la mission." (p.150)
La dernière partie concerne L’héritage,
comment vivre avec ces souvenirs, avec cette peur qui a rongé
la population durant cette période ; comment gérer
un tel traumatisme alors que les principaux responsables jouissent
jusqu’alors d’une totale impunité.
Interrogé sur l’existence de la prison de S-21,
Pol-pot a nié toute connaissance de ce lieu. Ce livre
ne répare pas cet affront, mais il représente
un témoignage capital sur des évènements
qui jettent, une fois de plus, l’opprobre sur l’humanité.