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LA MACHINE KHMERE ROUGE
Rithy PANH

Flammarion - 307 pages
ROUGE SANG
Un indispensable travail de mémoire sur la dictature Khmère rouge : 4 ans de folie sanguinaire, au delà de l'imaginable.


17 avril 1975, les Khmers rouges prennent Phnom Penh, capitale du Cambodge. Dès lors, et jusqu’en janvier 1979, des hommes instruits, souvent formés à l’étranger, vont faire entrer leur pays dans l’ère de la révolution socialiste. Durant cette période, c’est un quart de la population cambodgienne qui disparaît, près de deux millions de vies, des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards qui vont mourir de faim, d’épuisement, de maladie ou exécutés. La machine Khmère rouge est impitoyable, tout est interdit : porter des lunettes, briser une feuille, prononcer les mots manger, mari, femme, ou encore mourir... Toute la société est réorganisée. À sa tête le Frère numéro Un, le maître absolu, Pol Pot. Ce dernier veut faire mieux, aller plus loin que les Chinois et les Vietnamiens.

Monti Santésok, le bureau de sécurité S-21, fut chargé de lutter contre l’ennemi du parti. Situé à proximité de la capitale ce camp de la mort a accueilli plus de 14 000 personnes qui furent torturées et exécutées. Sept hommes ont survécu à cet enfer. C’est leur témoignage qui est inscrit dans ce livre. Rithy Panh est cinéaste, cet ouvrage est tiré du film S-21, la machine de mort Khmère rouge, produit par l’INA et ARTE. Durant plusieurs années Rithy Panh a recueilli des témoignages, anciens gardiens et anciens prisonniers se sont rencontrés, chacun essayant de comprendre l’incompréhensible, tentant de mettre des mots sur l’indicible. Leurs entretiens fournissent l’essentiel de ce livre. Il m’est difficile de vous rendre toute l’émotion qui transpire de ces lignes, c’est un choc, une véritable leçon pour les générations à venir.

Les enfants tuent deux prisoniers par jour

Le livre se divise en trois parties. Les protagonistes tout d’abord. Les différents intervenants sont présentés, ils témoignent de leur rôle au sein du camp, de leur calvaire de prisonnier, les premières rencontres sont ponctuées par les fantômes de chacun. On découvre l’horreur d’un régime qui poussait les enfants à tuer deux prisonniers par jour : "Ils prenaient les détenus et leur mettaient des chaînes aux pieds pour les conduire sur le lieu d’exécution. Une fois dans le champ, les Khmers rouges demandaient aux enfants de les frapper à mort. Deux par jour ! Mais les gamins ne réussissaient jamais. Ils frappaient, ils frappaient, mais ne parvenaient pas à tuer. Déçus et énervés, ils appelaient les gardiens pour qu’ils viennent les aider." (p.95)

Ensuite arrivent Les gestes, arrêter, interroger, humilier, détruire, ordonner... Autant de gestes que chaque membre du parti se devait d’exécuter à la lettre sous peine d’être lui-même tué. "Il est nécessaire de fortifier notre conscience contre l’ennemi. Cette conscience c’est notre système nerveux. Il faut être responsable devant le Parti de l’accomplissement de la mission." (p.150)

La dernière partie concerne L’héritage, comment vivre avec ces souvenirs, avec cette peur qui a rongé la population durant cette période ; comment gérer un tel traumatisme alors que les principaux responsables jouissent jusqu’alors d’une totale impunité.

Interrogé sur l’existence de la prison de S-21, Pol-pot a nié toute connaissance de ce lieu. Ce livre ne répare pas cet affront, mais il représente un témoignage capital sur des évènements qui jettent, une fois de plus, l’opprobre sur l’humanité.


Maxime Maillard
© Jowebzine.com - Mai 2003
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