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     LiVReS
 
1974
 David PEACE

 Traduit de l'anglais par Daniel Lemoine
 
Rivages - 332 pages
David Peace est un auteur anglais vivant au Japon et dont on publie actuellement en France le premier tome d’une tétralogie. Ce roman s’appelle 1974. Il se passe en Angleterre, dans la région du Yorkshire et dans la ville de Leeds, en 1974 comme le nom du roman l’indique. Le personnage principal, et narrateur, s’appelle Edward Dunford. Il est journaliste à l’Evening Post, chargé des affaires criminelles, sous la tutelle d’un journaliste qu’il déteste parce qu’il tire toute la couverture à lui. Edward Dunford vient de perdre son père. Il est revenu au "pays" depuis peu et se lance à corps perdu dans une enquête sur des meurtres atroces dont plusieurs petites filles sont victimes. Cette enquête l’emmènera visiter des ténèbres dont il ne ressortira pas indemne (le lecteur non plus).

Tout d’abord, le roman nous plonge au cœur des années 70, dans un coin de Grande-Bretagne où il pleut plus que de raison, où l’on entend de la musique en bruit de fond et notamment David Bowie. À Leeds, au mois de décembre en pleine préparation des fêtes de Noël, dans un univers où toutes les corruptions se rejoignent et où Hamlet, s’il avait vécu en cette période se serait exclamé : "Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Angleterre !"

Le personnage principal, le narrateur, est très original. Il est mû par une haine de lui-même qui l’entraîne à rechercher la vérité et à frôler les abîmes. Son obstination naît de sa névrose et l’alimente. Voilà le moteur qui le pousse à élucider l’affaire assez dégoûtante qu’il prend en charge.

David Peace ne nie pas que son style doit énormément à James Ellroy. Comme Ellroy en effet, ses phrases sont syncopées et leur lecture produit l’impression que quelqu’un vous serre la gorge et que vous avez besoin d’oxygène. Mais je trouve que Peace est supérieur à Ellroy car Ellroy utilise un matériau Hollywoodien, il évoque Los Angeles et la Californie qui sont nos terres de fantasmes par excellence. En lisant Ellroy nous jouons à détruire nos fantasmes. En lisant Peace, nous sommes incapables de nous référer à un univers rêvé. Nous nous trouvons plongés au contraire dans un cauchemar.

Vous l’aurez compris, il s’agit d’un roman qui n’est pas recommandé aux âmes sensibles. Cela dit, si vous n’avez pas peur de vous immerger dans un monde d’une noirceur totale, perçu à travers une écriture qui ne vous laisse aucun répit, vous aimerez 1974. Et vous attendrez la suite, à savoir 1977, 1980 et 1983.

Bienvenue en enfer !


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mars 2002
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