Depuis
quelques années déjà, Daniel Picouly a
entrepris de nous raconter son enfance, à sa truculente
et attendrissante manière. Débarqué un
beau jour de 1995, dans les bagages de Daniel Pennac, son meilleur
ami (quelle référence !), il nous a proposé
successivement Le champ de personne et Fort de l'eau (1997).
Deux romans jubilatoires dans lesquels il nous a présenté
ses parents (elle morvandiaute, lui martiniquais), sa nombreuse
fratrie (13 frères et surs au total !) et son enfance
pauvre mais digne et heureuse, à Villemomble en région
parisienne d'abord, en Algérie ensuite.
Sorte de Marcel Pagnol de la deuxième moitié de
ce siècle, Daniel Picouly aurait effectué un parcours
sans faute s'il ne nous avait pas infligé en 1999 un
roman bâclé (L'enfant léopard) qui, comble
de la tartufferie, a obtenu un Prix Renaudot dont on peut mesurer,
à cette occasion, la valeur.
Fort heureusement, l'année 2001 a été celle
d'un triple retour : aux sources de l'inspiration (sa famille),
à la raison (c'est là que se niche son talent)
et donc à la qualité littéraire. En effet,
et c'est évident dans ce roman, Daniel Picouly est un
tendre, un affectif. Aucun sujet ne l'inspire, ne le transcende
comme sa propre histoire ou plutôt celle de cette famille
à la fois si nombreuse et si unie, si "libérale"
et si attachante.
Originalité suprême (et postulat "casse-gueule"
s'il en est), Daniel Picouly imagine pour Paulette et Roger
(les prénoms de ses parents) de raconter leur vie AVANT
sa propre naissance tout en se comportant comme un témoin
direct et actif des événements. Tout se passe
dans les années de guerre et d'occupation allemande et
mêle privations, résistance et douce romance.
Avec ce roman, la réussite de Daniel Picouly est totale
et le lecteur se sent une fois de plus admis au sein de cette
famille si singulière qui, au fil des livres, est un
peu devenue la sienne.