Nestor
Chaffino, tu ne méritais pas ça ! Dès les
premières lignes je me suis dit que tu étais quelquun
de bien, un chic type avec le cur sur la main et qui travaille
dur pour maintenir à flots sa petite entreprise de traiteur
à domicile. Alors, mourir congelé dans la chambre
froide dune grande maison madrilène où tu
as encore excellé le soir même dans ton métier
de restaurateur quel gâchis !
Mais Nestor, ne sois pas si naïf, tous les hôtes
de cette réception avaient un bon motif pour craindre
ta présence, pire, ton existence, et donc de se réjouir
de cette médiocre mort. Toi qui collectionnes les secrets
culinaires, tu connais également par cur leurs
secrets personnels, leurs petites infamies, ces actes répréhensibles
qui hantent leurs cauchemars et quils souhaitent oublier
à jamais. Toi dont le métier te met souvent au
mauvais endroit au mauvais moment, toi qui as vu et entendu
lindicible, tu les empêches de se refaire une bonne
conscience.
Ce livre nest en rien une banale énigme avec enquête
policière en règle. Cest plutôt le
passage en revue de personnages qui ont oublié dêtre
simples et dont la vie est un savant dosage entre insouciance
bourgeoise et souffrances enfouies. Chaque portrait est un petit
bijou tant la plume de Carmen Posadas se fait incisive et satirique
à leur évocation. Petites infamies est écrit
avec finesse et légèreté malgré
la gravité de certains propos et larrière
goût de scandale qui pèse sur chaque intimité
révélée.
Ce roman est loccasion de voir se heurter deux milieux,
la petite bourgeoisie madrilène et ses serviteurs, deux
natures, les innocents, que Nestor Chaffino incarne à
merveille, et ceux aux mains sales. Le Madrid des bourgeois
bien-pensants en prend pour son grade, son vernis est vite écaillé,
son arrogance et son argent ne lui rachètent aucune conduite.
Petites Infamies se boit comme du petit lait Une seule
déception cependant, le dénouement que jattendais
plus magistral Nestor Chaffino, du fond de sa glacière,
le méritait bien !