Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Dominique Mainard
Rivages - 251 pages
Rob
Reuland est Procureur, connaît bien son affaire, et son
premier roman frappe fort et juste, juste là où
ça fait mal : aux tripes et au cœur.
"Un cadavre de plus dans East New York et tout le monde
s'en fout. Même sa famille, si on peut appeler ça
une famille - une demi-sœur qui porte un autre nom et une
femme efflanquée aux yeux étirés vers les
tempes, rongée par la coke, âgée de trente-huit
ans mais qui en paraît soixante ; la mère accro
qui gisait extenuée sur le divan dans la nuit étouffante
de son séjour infesté de cafards, flottant dans
les miasmes chimiques tandis que Lamar Lamb abattait l'adolescente
dans sa chambre, à peine plus grande que le matelas souillé
de taches sur lequel elle a été tuée."
Gio, le procureur Andrew Giobertti, est sur l'affaire "Je
suis fatigué. Les morts me fatiguent. Les vivants me
fatiguent. Cet enfoiré à l'air mauvais, son doigt
braqué sur moi comme un pistolet, me fatigue. La mère
de la victime, qui refuse de parler de l'adolescent qui a tué
sa fille, me fatigue. Le soleil, la chaleur et ces rues me fatiguent.
Mais surtout Lamar Lamb me fatigue. Lamar Lamb me fatiguait
avant même que j'entende son nom. C'est juste la dernière
atrocité en date, et même les journaux l'auraient
dédaignée si la victime n'avait pas été
âgée de quatorze ans, nue et assassinée
dans son lit."
Gio est au bout du rouleau, marqué par la mort de sa
fillette dont il s'estime coupable. Cette affaire ne fait que
lui rappeler cet horrible moment. Malgré l'enquête
de police, la pression d'une de ses collègues, il va
s'enferrer dans l'accusation de Lamar Lamb…
Premier et somptueux roman, Point mort frappe par son style
et la description sans complaisance de Brooklyn. Portrait de
certains quartiers, de ses habitants, de ses habitudes, avec
un personnage principal à la dérive. Point mort
vous prend aux tripes de la première à la dernière
phrase. Procureur, Rob Reuland connaît bien son affaire
et il emmène le lecteur au fil de son affaire et de ses
quartiers. C'est grand, c'est beau, c'est fort et on attend
avec impatience la traduction de son second livre déjà
saluée en Amérique par Dennis Lehane.