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PIERRES ENCHANTEES
Rodrigo REY ROSA

Traduit de l’espagnol (Guatemala)
par André Gabatsou

Gallimard - 132 pages
Avec ce court roman noir et tragique, Rodrigo Rey Rosa nous fait découvrir le Guatemala et l’âpreté de l’existence de ses habitants.


"Guatemala, Amérique centrale.
Le pays le plus beau, les gens les plus laids.
Guatemala. La petite république où la peine de mort n'a jamais été abolie, où le lynchage a été la seule manifestation d'organisation sociale qui ait perduré.
Ciudad de Guatemala. Deux cents kilomètres carrés d'asphalte et de béton (produit par une seule famille jouissant d'un monopole tout au long du siècle dernier). Prototype de la ville dure, où les gens riches circulent dans des véhicules blindés et où les hommes d'affaires les plus en vue portent des gilets pare-balles. La métropole précolombienne qui finança la construction des grandes cités comme Tikal et Uaxactun – sur laquelle fut construite la ville actuelle – avait connu son expansion économique grâce au monopole de l'obsidienne, symbole de la dureté dans un monde qui ignorait le métal.
Ville plate, qui se dresse sur un plateau entouré de montagnes et creusé de ravins et de gorges. Au sud-est, sur le flanc des montagnes bleues, il y a les forteresses des riches. Au nord et à l'ouest, les ravins ; et sur leurs pentes sombres, les faubourgs appelés limonadas, les décharges et les dépôts d'ordures, que des urubus pestilentiels survolent en bandes, "telles d'énormes cendres soulevées par le vent", comme l'a écrit un voyageur anglais, tandis que le sang qui s'écoule des abattoirs se mêle à l'eau des ruisseaux ou des égouts qui courent vers le fond des gorges, et tandis que les huttes des milliers de pauvres (cinq mille au kilomètre carré) glissent bon an mal an vers le fond à la suite des pluies torrentielles ou des tremblements de terre."

Et à Ciudad de Guatemala, il y a Armando Fuentes, "agent dans le trafic de Cardamome à destination des marchands arabes ou, en temps de vaches maigres comme à ce moment-là, dans le commerce de haricots rouges et de maïs." Armando débarque un matin chez son ami Joaquin Casasola. Armando est paniqué, il vient de renverser un gamin avec sa camionnette équipée de pare-chocs "tue ânes". "D'après Armando, il n'y avait aucune chance que l'enfant eut réchappé à l'accident […] Il fit sombrement un signe de tête négatif quand Joaquin lui demanda s'il n'avait pas eu l'idée de s'arrêter. Joaquin fit une grimace - c'était la réaction typique, le réflexe des conducteurs guatémaltèques : ne jamais s'arrêter afin d'éviter les complications". Armando a un plan simple : laisser sa caisse dans le parking de Joaquin et se mettre au vert quelques temps… mais rien ne sera simple.

Le Guatemala est surprenant et les livres de Rodrigo Rey Rosa le montrent admirablement bien. Partant d'une affaire banalement triste, l'auteur construit un récit noir qui mélange habilement les personnages (en changeant de point de vue à chaque protagoniste), les histoires et la vie abrupte au Guatemala. Changeant de style, avec un humour léger (beaucoup de petites pointes entre parenthèses), il nous entraîne au milieu du quotidien du pays, captivant le lecteur. On regrette juste que cela manque de fin.


Christophe Dupuis
© Jowebzine.com - Septembre 2005
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