Roman-gigogne,
Joshua nous montre le Québec du point de vue francophone
et nous rappelle que l’humour juif couplé au non-sens
anglo-saxon est un cocktail plein de vitamines.
Pourquoi s’embarquer dans la lecture d’un gros bouquin
de 600 pages ? Quel élément peut-il motiver un
tel investissement de temps et d’intérêt
?
Telles sont les questions que l’on se pose en entrant
dans Joshua, le roman touffu de Mordecai Richler publié
au Canada en 1980 et débarquant chez nous avec 24 ans
de retard.
Joshua passe constamment du présent au passé et
nous raconte la vie d’un juif canadien anglophone à
Montréal, à Londres et à Ibiza entre autres
lieux. Joshua et son père, ex-boxeur reconverti dans
les affaires illégales et initiant son fils aux subtilités
de la religion juive. Joshua et sa mère, danseuse exotique
reconvertie dans le militantisme féministe. Joshua et
l’amour de sa vie, la belle Pauline issue d’une
famille de la grande bourgeoisie. Pauline qu’il a fallu
conquérir et dont la conquête n’est jamais
terminée. Ah l’apprentissage des milieux snobs
pour un juif un peu canaille !
Joshua écrit des livres, mais il est connu en tant que
journaliste officiant à la télévision.
Au début du roman, il se remet d’un accident et
le monde entier vient d’apprendre que lui, Joshua Shapiro
avait entretenu une liaison homosexuelle avec un grand écrivain
anglais. Des photos sont parues dans la presse. Le scandale
est énorme.
Richler nous livre des pistes, mais il ne nous donne pas immédiatement
les clés qui nous permettraient d’avoir tous les
éléments. Le lecteur, au départ, est comme
un enquêteur qui essaye de démêler le vrai
du faux.
Il est plongé dans une catégorie romanesque assez
connue des amateurs : le roman juif américain, catégorie
dans laquelle on croise Bernard Malamud, Saul Bellow ou Philip
Roth, dans ses premiers romans. Le roman juif américain,
catégorie en voie d’extinction, a pour caractéristique
de raconter la vie d’un personnage principal en le connectant
à son rapport à la communauté juive, à
sa famille, aux femmes et au monde.
Et voici peut-être une bonne raison de se lancer dans
la lecture de Joshua : L’auteur nous entraîne dans
un univers qui prend la proportion d’un mode, qui nous
est proche et dans lequel on se sent bien. Un monde un poil
plus cinglé que le nôtre, mais à peine.