Un
roman salutaire qui tente, par d'autres moyens, d'attirer l'attention
du public sur le plus gros scandale politico-financier de notre temps.
Il y a cinq ans déjà que Denis Robert, journaliste et
écrivain, se bat pour faire éclater le scandale Clearstream,
du nom de cette toute puissante société financière
luxembourgeoise qui, au vu et au su de tous, "blanchi" l'argent
de tout ce que la planète compte de banques, d'industriels
et autres trafiquants d'armes ou de drogue.
Cinq ans que Denis Robert, malgré deux livres-enquêtes
remarquables (Révélations en 2001 et La boîte
noire en 2002), se bat pour voir ses informations relayées,
reprises, complétées, enrichies par les médias
d'abord, la justice ensuite. Cinq ans qu'il se voit opposer un silence
gêné de la part des grands quotidiens, des radios et
des télévisions, manifestement peu empressés
de mettre au jour un système financier mafieux qui bénéficie
largement à leurs actionnaires principaux !
Loin de se décourager, Denis Robert poursuit sa "croisade"
par tout moyen à sa disposition et propose aujourd'hui un roman
dans lequel il reprend les principaux éléments de ses
enquêtes pour en faire un thriller politico-financier.
Rapide, limpide, incarné, La domination du monde est un efficace
travail de vulgarisation de l'activité de Clearstream (ici
baptisée Shark Company) et des enjeux financiers colossaux
qui reposent sur ses épaules. Rouage essentiel du capitalisme
moderne, Shark Company est au carrefour de tous les trafics et de
toutes les spoliations économiques. État dans l'état,
elle ne répond à aucune des règles économiques
ou juridiques édictées pour le commun des mortels. Transferts
secrets, comptes occultes, comptabilité cachée, transactions
effacées des programmes informatiques : aucune limite n'est
fixée au tour de passe-passe financier qui permet de dissimuler,
de recycler, voire de créer ex-nihilo des sommes astronomiques
totalement déconnectées de toute réalité
économique.
Si le style de Denis Robert n'est pas celui d'un immense écrivain,
on n'en reste pas moins rivé à son roman du début
à la fin, on se passionne à trouver les clés
qui donnent accès à la réalité (quel quotidien
français étrangement passif se cache derrière
Le Matin, un journal du soir ? Denis Robert n'aurait-il pas juste
un peu allongé le nom de cet homme d'influence qui réussit
à étouffer l'affaire et qu'il baptise Minkowsky ?),
on se délecte de ce mélange habile entre réalité
et fiction qui contribue énormément à ancrer
ce roman dans une terrible réalité qui ne parvient toujours
pas à éclater au grand jour.