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ON M’APPELAIT L’ANGE VERT…
Dominique ROCHETEAU

Le Cherche Midi - 295 Pages

+ DVD du match
St-Etienne-Dynamo de Kiev
Comment "cohabiter" pendant près de 25 ans avec un doux sobriquet dans lequel on ne se reconnaît pas ? Dominique Rocheteau se livre (enfin, à sa manière) et retrace l’une des plus belles pages du foot hexagonal, celle sans qui la génération des "et 1 et 2 et 3 zéros" n’aurait probablement jamais vu le jour.


5 novembre 1975. Ibrox Park. Glascow déjà, comme une répétition. Sur le poste noir et blanc familial d’alors, je me remémore l’époustouflante prestation du numéro 7 vert. Il crève littéralement l’écran… et les filets adverses par la même occasion. Ce soir-là, Dominique Rocheteau n’est pas encore l’ange vert et, cependant, il n’appartient déjà plus tout à fait à la mythique équipe des verts encore en gestation. La France en mal de reconnaissance footbalistique l’adopte, le kidnappe devrais-je dire, et en fait tantôt le gendre idéal, tantôt le grand frère protecteur.

Printemps 2001. Séance de dédicace de l’édition annuelle du guide du football. Je souffle à Dominique les quelques mots de la dédicace à l’attention de mon jeune fils : "De l’ange vert à l’ange blond". Connaissant sa réserve, voire sa réticence à l’égard de ce surnom donné par Jean-Pierre Frimbois, l’un des rédacteurs de la revue spécialisée Onze, je guette du coin de l’œil, un peu anxieux, sa réaction : un sourire furtif mais sincère éclaire son visage de radieux quadra. Il comprend.

Ce livre, on le sent, Dominique Rocheteau le portait en lui depuis un bon bout de temps. Envie sans doute de profiter d’une courte pause dans sa vie professionnelle pour faire le point, qui sait, pour accéder à la demande sans cesse réitérée de proches (ses plus jeunes garçons Pablo et Roméo ?), de lever enfin le voile sur des aspects plus secrets de sa personnalité (sympathie avec l’extrême gauche, passion pour la musique pop anglo-saxonne, rapport biaisé au vedettariat, fausse timidité, etc.).

On m’appelait l’ange vert comblera tout autant les supporters de la première heure, ceux pour qui la géographie se révisait le mercredi soir avec Copenhague, Split, Kiev, Eindhoven, Munich, Sofia, Liverpool, que les apprentis psychologues soucieux de mieux appréhender la personnalité quelque peu énigmatique de cet ailier tout aussi insaisissable balle au pieds que micro aux lèvres.

Sans arrière-pensée de scoop médiatique ni d’amertume mal réfrénée, Dominique Rocheteau nous livre en près de 300 pages la raison qui lui a fait surmonter éloignement familial précoce, blessures à répétition, mesquineries et jalousies du milieu, bref les affres de la vie quotidienne du footballeur professionnel. Elle tient en un mot : l’amour de la balle de cuir. Des rues de son village natal d’Etaules dans les Charentes Maritimes, à Séville, ou bien encore, au soir de sa carrière, au Stadium de Toulouse, sa conception du jeu est demeurée inchangée et articulée autour des sacro-saintes notions de plaisir, de partage, de technicité, d’altruisme et d’abnégation.

Toutefois, ce livre nous apporte un éclairage salutaire sur les petites histoires qui ont su jalonner la "grande" en levant notamment le voile sur la raison de son indéfectible bonne conduite sur le terrain (un malheureux "bourre-pif" à son jeune copain Jean-Marie), sur l’action concertée mais avortée de la coupe du monde 1978 contre le régime dictatorial de Videla, ou bien encore sur celle de la discussion des primes avec Adidas, l’équipementier de l’équipe de France, toujours lors de l’aventure argentine de 1978.

Sans complaisance mais sans nostalgie aucune, les derniers chapitres du livre s’appliqueront à relater les expériences moins médiatisées, mais tout aussi enrichissantes, de l’après-ballon, comme agent de joueur, apprenti-acteur pour le Garçu de Maurice Pialat ou comme actuel Président du conseil de l’éthique.

A la lecture de son livre, je suis persuadé que Rocheteau, la cinquantaine resplendissante, n’a pas fini de nous étonner. Certes, il est passé le temps des crampes et des buts à la 112e minute, mais il ne s’agit pas de mollir en chemin. D’autres croisades restent encore à mener pour la sauvegarde d’un sport de plus en plus exposé aux travers du foot-business.


Stépane Muller
© Jowebzine.com - Mai 2005



A mes très verts copains : Didier "Glasgow 1er rang", Robby et Ricain.

PS : ruez-vous sur le DVD et le légendaire quart de finale retour contre Kiev, et si vous tremblez encore, près de 30 ans après, sur l’action de contre du grand Oleg Blokhine, je sais que cet ouvrage est fait pour vous.
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