Traduit de l'anglais (Etats Unis)
par Josée Kamoun
Gallimard - 448 pages
La
tache est le troisième volet de la trilogie écrite
par Philip Roth et où lauteur ausculte "lidentité
de lindividu dans les grands bouleversements de laprès-guerre",
selon son éditeur Gallimard.
En fait, cela fait effectivement trois romans que Nathan Zuckerman,
le double littéraire de Roth se transforme en scribe
et raconte le parcours dune personne quil a connu
ou quil a rencontré pendant la seconde moitié
du XXe siècle. Cette trilogie, dont les deux premiers
opus sont Pastorale américaine et Jai épousé
un communiste, a permis à Philip Roth de revenir à
une structure narrative moins complexe que ce quil expérimentait
auparavant. Elle lui a également permis dapprofondir
et de renouveler, sil était possible, la source
de son inspiration.
Si vous souhaitez lire ce roman dans les transports en commun,
le soir alors que la fatigue se fait sentir, vous ny trouverez
aucun plaisir. La tache est un roman qui se mérite. Il
est aussi agréable quune randonnée en montagne
où il sagirait de grimper une côte à
pic avant daccéder à un endroit ombragé.
Il faut aimer les raidillons.
Cela dit, il sagit dun grand livre, dune Oeuvre
au sens le plus noble du terme. Certains passages mont
semblé des tunnels, dautres auraient éventuellement
pu être raccourcis. Cependant, la qualité globale
du livre fait quon oublie ces "imperfections"
pour rester baba devant la qualité de lensemble.
Nathan Zuckerman, écrivain célèbre vivant
reclus dans le Connecticut, se lie damitié avec
Coleman Silk qui fut le doyen de luniversité dAthena,
et spécialiste de la littérature grecque et latine.
Silk a fait de luniversité dAthena, lune
des plus renommées du pays. Un jour en cours, il utilise
un mot à double sens en parlant délèves
absents. On laccuse dêtre raciste et de détester
les noirs. Cette accusation bousille sa vie et le conduit à
démissionner. Sa femme meurt et quelques mois plus tard,
il prend pour maîtresse, une femme de ménage se
prétendant inculte et travaillant à mi-temps à
luniversité.
Il y a dans ce roman un secret que je ne vous révèlerais
pas mais qui oriente le sens du livre vers la tragédie.
Une tragédie où la bouffonnerie aurait sa part.
Ajoutons quon accuse Silk dêtre raciste alors
quil a bâti sa vie sur la négation ou le
dépassement des différences entre races.
Là où Philip Roth est fascinant, cest dans
son tableau des tares qui minent son pays. Laction se
passe en 1998, au moment où Bill Clinton sempêtre
dans laffaire Lewinsky.
Les Etats-Unis demeurent un pays de puritains obsédés
par le sexe et la violence. Philip Roth est conscient de vivre
dans un pays où la superficialité domine et où
lon est constamment jugé sur des apparences quon
sait trompeuses. Un pays dont aucune des plaies (y compris celle
causée par le Vietnam) nest cicatrisée.
Un pays, enfin, qui prétend par la bouche de son actuel
président, être engagé dans la lutte du
bien contre le mal.
Après avoir lu Philip Roth, on est conscient que lAmérique
actuelle est gouvernée par la bêtise.