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     LiVReS
 
LA SALAMANDRE
Jean-Christophe RUFIN

Gallimard - 199 pages
Le nouveau roman de Jean-Christophe Rufin abandonne les grandes épopées aventureuses pour une histoire d’amour puissante, totale, violente… et qui finit mal.


Jean-Christophe Rufin est un type formidable.
D'abord parce que, médecin et pionnier de l'action humanitaire, il mène ses premières missions en Erythrée dès la fin des années 70. Vice-président de Médecins sans Frontières (MSF) de 1991 à 1993, il fut aussi administrateur de la Croix-Rouge et œuvre aujourd'hui à la présidence d'Action contre la faim (ACF) tout en assurant son poste de maître de conférences à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.

Ensuite parce qu'il a su remettre au goût du jour, dans la littérature française, le livre d'aventure érudit et captivant. Depuis L'Abyssin, son premier roman en 1997 (Goncourt du premier roman et prix Méditerranée), il nous a régulièrement emporté vers d'autres époques et d'autres continents avec une prédilection, depuis Rouge Brésil (prix Goncourt 2001), pour l’ancienne colonie portugaise.

La salamandre ne déroge pas à cette passion revendiquée, qui évoque le destin troublant d'une femme ordinaire (Catherine), quadra solitaire découvrant le Brésil à l’occasion d’un mois de vacances passées chez des amis installés à Recife. Soleil, odeurs, moiteur… Elle succombe rapidement aux charmes juvéniles mais vigoureux de Gil, jeune gigolo des favelas qui devient son amant.

Mais loin de la bluette attendue, La salamandre décrit par le menu la passion brûlante, dévastatrice, qui s’empare d’une femme livrée corps et âme à l’appel des sens trop longtemps étouffés.

Cette variation sur le thème de prédilection de Jean-Christophe Rufin (la rencontre - le choc - des civilisations) est servie par une écriture inspirée, sensuelle, sauvage, qui ne laisse aucune place à la complaisance ou au "bon sentimentalisme". L’atmosphère est épaisse, aux limites du respirable, la samba est entêtante, les alcools forts et la soumission de Catherine, totale. Jusqu’à l’irréparable.

Si l’on n’attendait pas Jean-Christophe Rufin sur ce registre, on ne peut que saluer les qualités de ce court roman qui révèle une autre facette de ce conteur inlassable, amoureux de la langue et des "belles" histoires.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Juin 2005
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